Le partenariat entre l’Union européenne et le Groenland, une coopération stratégique

Le renforcement du partenariat entre l’UE et le Groenland vise à soutenir son développement et son autonomie face aux ambitions américaines.

par Sébastien GOULARD

En visite officielle au Groenland les 6 et 7 septembre, la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé le renforcement du partenariat entre l’Union européenne et le Groenland, et notamment des investissements à hauteur de 200 millions d’euros sur l’île, pour 2026 et 2027.

Le Groenland est un pays constitutif du royaume du Danemark, il n’est pas membre de l’Union européenne, mais fait partie des pays et territoires d’outre-mer (PTOM) associés à l’Union européenne. Le Danemark est responsable de la sécurité et des affaires étrangères concernant le Groenland. Face aux menaces répétées d’annexion formulées par le Président américain, l’Union européenne et ses membres ont décidé de renforcer leur relation avec l’île afin que ses habitants puissent décider, en toute autonomie, de leur futur.

Un pays qui construit sa propre stratégie de développement

Le Groenland est aujourd’hui économiquement dépendant du Danemark. Selon la loi sur l’autonomie du Groenland (2009), le Danemark verse chaque année 3,4 milliards de couronnes (soit environ 450 millions d’euros) au Groenland ; à ce montant, s’ajoutent des investissements ciblés dans les domaines des infrastructures et de la santé. Plus de la moitié du budget annuel du gouvernement groenlandais provient de ce que lui verse le Danemark.

L’une des difficultés que rencontre le Groenland est sa faible population, 56 000 habitants, répartie dans des villes et villages éloignés les uns des autres. Sa capitale Nuuk, abrite plus d’un tiers de la population totale de l’île. Mais faute de routes et d’infrastructures, il est problématique de se déplacer d’un endroit à l’autre, rendant difficile les projets de santé, d’éducation ou de développement économique.

L’économie groenlandaise demeure dominée par la pêche. Si les ressources naturelles du pays sont très nombreuses, le gouvernement groenlandais est réticent quant à leur exploitation. En 2021, les Groenlandais adoptaient une loi interdisant de délivrer de nouvelles licences d’exploration de pétrole et de gaz sur son territoire pour privilégier la protection de l’environnement. Sous la pression des Etats-Unis, mais aussi pour accélérer leur processus d’indépendance, les Groenlandais pourraient réviser leur choix.

La menace américaine

A plusieurs reprises, le Président Donald Trump a fait état de de son intention d’intégrer le Groenland au territoire américain. Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis formulent un tel vœu, puisque déjà à la fin du XIXe siècle, Washington avait proposé à Copenhague d’acheter cette île. La versatilité du Président américain actuel pousse les Groenlandais et les Européens à s’inquiéter des déclarations de Donald Trump.

Les Etats-Unis justifient leur intérêt pour le Groenland par le fait que ce territoire ne pourrait pas se protéger en cas d’attaque de puissances étrangères, à savoir la Russie et la Chine, et que donc une présence de ces pays dans l’hémisphère occidental de l’Arctique serait une menace pour les intérêts américains. Un autre point avancé par Washington serait que le Danemark et ses partenaires européens n’ont pas investi assez dans leur défense pour protéger l’Arctique, et donc les Etats-Unis seraient les mieux placés pour assurer la sécurité du Groenland.

Mais ce sont surtout les ressources que renferment les sols du Groenland qui intéressent les Etats-Unis. Le Groenland est riche en terres rares et minéraux critiques, des ressources nécessaires à la transition énergétique et au développement de l’intelligence artificielle. Dans sa course à l’innovation contre la Chine, les Etats-Unis espèrent exploiter les ressources stratégiques du Groenland.

Le partenariat européen

Les déclarations américaines concernant le Groenland ont poussé les Européens à être plus présents sur l’île. En janvier 2026, la participation, très symbolique, de plusieurs armées européennes à l’exercice danois « Arctic Endurance » montrait l’implication des Européens dans la protection de l’Arctique. D’autre part, la Norvège et la France ont ouvert un consulat dans la capitale Nuuk en 2026 alors que les Etats-Unis annonçaient la réouverture de leur propre consulat dans un bâtiment plus imposant. En mars dernier, la France signait un accord avec le Groenland pour cartographier les ressources minérales du territoire.

Le partenariat annoncé lors de la visite de la Présidente de la Commission européenne couvre plusieurs domaines.

  • Il s’agit premièrement de renforcer la connectivité entre différentes localités du Groenland à travers la construction de câbles sous-marins comme le projet « Tusass Connect subsea cable ».
  • Un second domaine concerne le développement des énergies renouvelables, notamment l’énergie hydroélectrique.
  • L’Union européenne et le Groenland devraient aussi coopérer en matière de développement d’une chaîne de valeur des ressources stratégiques sur le projet de gisement de graphite d’Amitsoq et de la mine de molybdène de Malmberg. L’objectif est d’assurer à la fois une diversification de l’économie groenlandaise et une sécurisation des ressources stratégiques pour l’économie européenne.
  • Une partie des financements européens sera consacrée à des projets d’éducation et de formation afin que les jeunes groenlandais puissent être formés aux métiers d’avenir, notamment à travers le programme Erasmus+.
  • Un autre point concerne le développement du tourisme durable afin, là encore, de diversifier l’économie de l’île.
  • L’Union européenne participera aussi au financement de la modernisation des logements au Groenland.
  • Enfin, l’Union européenne et le Groenland ont décidé d’accroître leur coopération en matière de pêche afin de coordonner la gestion des stocks à travers la poursuite de leur accord de partenariat dans le domaine de la pêche durable.

A aussi été annoncée une augmentation des financements européens pour le Groenland pour le prochain budget 2028-2034, qui devraient atteindre 530 millions d’euros (contre 225 millions pour le budget 2021-2027).

La Présidente de la Commission européenne a aussi annoncé que l’Union européenne devrait dévoiler sa nouvelle stratégie pour l’Arctique à l’automne. La pression mise par les Etats-Unis mais aussi par la Chine avec notamment la nouvelle route polaire, pousse les Européens à accroître leur présence dans l’Arctique. Les Européens pourraient notamment revoir leur politique de non-exploitation des ressources de l’Arctique en vigueur depuis 2021, bien qu’il n’y ait pas de consensus entre la protection de leur environnement et leur indépendance énergétique. Nul doute que l’Union européenne continuera de considérer le Groenland et l’Arctique comme des régions stratégiques clés pour sa sécurité et poursuivra son soutien au peuple groenlandais.

Sébastien Goulard

Sebastien Goulard is the Editor-in-Chief of GlobalConnectivities. He publishes articles and analyses on major infrastructure projects around the world, as well as initiatives that promote international exchange and cooperation. He has conducted extensive research on China’s Belt and Road Initiative.

Sebastien Goulard is also the founder of Cooperans, a consultancy firm that supports stakeholders engaged in international projects. He holds a PhD in the socio-economics of development from the École des Hautes Études en Sciences Sociales (School of Advanced Studies in the Social Sciences).

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