Le principal problème du TAPI n’est pas le gazoduc

Le défi du TAPI n’est pas de construire le gazoduc, mais de garantir la stabilité et la coopération nécessaires à son fonctionnement.

par Abraiz ALI AHMAD

Le 10 août, Turkmengaz, au Turkménistan, et Afghan Gas, en Afghanistan, ont signé un protocole d’accord portant sur l’achat de gaz via le gazoduc Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde (TAPI).

Cette étape rapproche l’Afghanistan de son statut de premier client du TAPI. L’accord constitue un signe de progrès attendu depuis longtemps pour un projet qui, depuis plusieurs décennies, se heurte à de grandes ambitions mais aussi à une incertitude persistante. Il soulève néanmoins une question difficile : un gazoduc reliant quatre pays peut-il réussir alors que trois d’entre eux sont confrontés à d’importants problèmes politiques et sécuritaires ?

C’est aujourd’hui le principal défi auquel est confronté le TAPI. Le gazoduc devait transformer la situation géographique de la région en opportunité, en acheminant le gaz turkmène à travers l’Afghanistan vers le Pakistan et l’Inde. Or, la région est devenue moins stable. Le Pakistan et l’Afghanistan ont récemment connu leur affrontement armé le plus grave depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021. Le Pakistan et l’Inde continuent quant à eux de subir les conséquences de leur conflit militaire de quatre jours en mai 2025. Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de savoir si le TAPI peut être construit, mais aussi si les conditions politiques nécessaires à son exploitation durable sont réunies.

Le TAPI s’étend sur environ 1 800 kilomètres, mais il est bien davantage qu’un simple gazoduc traversant quatre pays. Il crée une chaîne d’interdépendances politiques. Le Turkménistan peut fournir le gaz, mais celui-ci doit transiter par l’Afghanistan. Le Pakistan doit le recevoir avant qu’il n’atteigne l’Inde. À pleine capacité, le gazoduc est conçu pour transporter 33 milliards de mètres cubes de gaz par an, principalement à destination du Pakistan et de l’Inde. Le succès du TAPI dépend donc non seulement des infrastructures et du financement, mais aussi de la confiance politique entre les pays concernés, une confiance qui fait actuellement défaut dans la région.

À l’heure actuelle, le principal problème réside dans les relations entre l’Afghanistan et le Pakistan. Pendant des années, l’Afghanistan a été considéré comme le principal risque sécuritaire pour le gazoduc TAPI, avec la crainte que les conflits et les activités militantes ne menacent le projet. La situation est aujourd’hui encore plus grave, puisque les deux pays, que le gazoduc doit traverser, s’affrontent ouvertement. En février 2026, le Pakistan et l’Afghanistan ont connu leur conflit armé le plus grave depuis le retour des talibans au pouvoir, avec notamment des frappes aériennes et des attaques transfrontalières. Cette crise est née de profonds désaccords concernant les activités militantes transfrontalières, notamment de l’accusation formulée par le Pakistan selon laquelle les talibans afghans permettraient au TTP d’opérer depuis le territoire afghan, ce que Kaboul dément.

Cette situation est importante pour le TAPI, car les relations entre l’Afghanistan et le Pakistan sont au cœur du projet. Un gazoduc n’a pas besoin de relations politiques parfaites pour fonctionner, mais il nécessite des relations stables et prévisibles. La construction, les accords de transit, la sécurité et les flux de gaz ne peuvent fonctionner correctement si les deux principaux pays situés sur son tracé échangent des frappes militaires et sont incapables d’établir des relations diplomatiques durables.

Le deuxième problème concerne les relations entre l’Inde et le Pakistan. Le conflit de mai 2025 a montré à quelle vitesse les tensions pouvaient se transformer en affrontement militaire, avec des frappes transfrontalières, des drones et des missiles, avant qu’un cessez-le-feu ne mette fin aux hostilités. Plus d’un an plus tard, leurs relations restent tendues. En mai 2026, l’armée pakistanaise a averti qu’elle était prête à répondre fermement à toute attaque future. À l’heure actuelle, le Pakistan et l’Inde ne sont pas en mesure de coopérer sur le TAPI. Certains estiment toutefois que leurs besoins énergétiques pourraient à terme les inciter à coopérer. Le Pakistan a besoin d’un approvisionnement énergétique stable. L’Inde est l’un des plus grands marchés énergétiques au monde et l’un de ceux qui connaissent la croissance la plus rapide. Le Turkménistan, quant à lui, souhaite vendre son gaz à davantage de pays.

L’Afghanistan a besoin à la fois d’énergie et de revenus issus du transit. Les raisons économiques en faveur du TAPI restent donc solides. L’histoire devrait toutefois nous inciter à la prudence. Le projet est discuté depuis les années 1990. Les quatre pays ont à plusieurs reprises réaffirmé leur soutien. Pourtant, la logique économique n’a pas suffi à surmonter les préoccupations sécuritaires, les difficultés de financement et la méfiance politique. Les intérêts communs expliquent pourquoi les États souhaitent réaliser un projet ; ils ne garantissent pas qu’ils seront capables de le protéger lorsque leurs relations se détérioreront.

Il existe également des raisons d’être optimiste. Le récent accord gazier entre le Turkménistan et l’Afghanistan pourrait renforcer le TAPI. Si l’Afghanistan commence à acheter du gaz turkmène, le gazoduc disposera d’un véritable marché le long de son tracé. Les progrès réalisés sur la section afghane pourraient créer une dynamique commerciale et faciliter l’extension du projet vers le Pakistan et l’Inde.

Ces possibilités ne peuvent être ignorées, mais les risques ne doivent pas non plus être négligés. Si la section entre le Turkménistan et l’Afghanistan progresse alors que les relations entre le Pakistan et l’Afghanistan, ou entre le Pakistan et l’Inde, restent instables, le TAPI pourrait avancer à des rythmes différents selon les sections. La partie nord pourrait se rapprocher de sa mise en service tandis que la partie sud pourrait être retardée par des conflits que le gazoduc ne peut pas résoudre.

Il est important de faire la distinction : construire le TAPI et le faire fonctionner ne sont pas la même chose. Les travaux peuvent se poursuivre malgré les tensions politiques, et deux pays peuvent conclure un accord à court terme. Mais exploiter pendant plusieurs décennies un corridor énergétique reliant quatre pays nécessite quelque chose de beaucoup plus difficile : la confiance dans le fait qu’une crise ne transformera pas soudainement un partenaire en un voisin auquel il devient impossible d’accéder. Or, cette confiance fait actuellement défaut.

Le récent accord entre Turkmengaz et Afghan Gas constitue à la fois un signe encourageant et un avertissement. Il montre que des progrès concrets sont possibles, même après des années de retards. Mais il met également en évidence la principale faiblesse du TAPI : les avancées entre deux pays ne peuvent compenser l’instabilité qui affecte l’ensemble des quatre partenaires. Le projet était destiné à relier l’Asie centrale et l’Asie du Sud, et non à constituer simplement un accord bilatéral entre deux pays.

Son principal défi est politique. Le Pakistan et l’Afghanistan doivent trouver un moyen solide d’empêcher que leurs différends sécuritaires ne dégénèrent en affrontements. Le Pakistan et l’Inde doivent disposer d’un espace diplomatique suffisant pour préserver leurs intérêts économiques de long terme des crises politiques persistantes. Les quatre pays doivent également mettre en place des mécanismes permettant de protéger le gazoduc contre l’instabilité qui l’entoure.

L’accord conclu en août donne donc quelques raisons d’espérer. Mais l’espoir ne saurait être assimilé à la stabilité. Le TAPI avance peut-être, mais la région qu’il traverse reste instable. Tant que les problèmes politiques ne seront pas résolus, le gazoduc sera confronté à un défi que la construction, à elle seule, ne peut pas résoudre : il est possible de construire un gazoduc à travers une zone de conflit, mais il est impossible de créer une véritable coopération régionale sans que la région soit politiquement prête à la soutenir.

Abraiz Ali Ahmad

Abraiz Ali Ahmad est étudiant en BS de relations internationales à l’Université de Gujrat.

Il est actuellement stagiaire au Central Asia Program for Regional Co-operation and Connectivity de l’Institute of Regional Studies, à Islamabad.

Cet article reflète les opinions personnelles de l’auteur et non nécessairement celles de Global Connectivities.

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