par Nazish MEHMOOD
L’alliance entre le Pakistan et l’Arabie saoudite demeure l’un des partenariats stratégiques les plus durables du monde musulman. Les relations entre les deux pays reposent sur des liens historiques solides et sur une coopération de longue date dans les domaines de la défense, de la diplomatie, de l’emploi et de l’économie. Aujourd’hui, cette relation entre dans une nouvelle phase où les technologies et l’innovation occupent une place centrale. L’annonce par le Pakistan de l’extension du corridor numérique Pakistan–Arabie saoudite, à Genève, lors du AI for Good Global Summit (7-10 juillet), illustre la volonté des deux pays de construire un partenariat tourné vers l’avenir, fondé sur des investissements communs dans les infrastructures numériques stratégiques et sur le développement d’économies fondées sur la connaissance.
La ministre pakistanaise des Technologies de l’information, Shaza Fatima Khawaja, et le ministre saoudien des Communications et des Technologies de l’information, Abdullah Alswaha, ont réaffirmé leur volonté de renforcer la coopération en matière de connectivité numérique entre leurs deux pays. Celle-ci passera notamment par la création d’une nouvelle liaison de câble sous-marin, l’extension du réseau terrestre et le développement de liens plus étroits entre les entreprises privées du secteur des technologies de l’information des deux nations. Si cette annonce concerne avant tout les infrastructures techniques, ses implications dépassent largement le seul domaine des télécommunications.
Aujourd’hui, les infrastructures numériques sont devenues aussi essentielles à l’économie mondiale que les autoroutes, les ports ou les réseaux énergétiques. Les pays disposant d’infrastructures numériques sécurisées et résilientes sont davantage en mesure d’attirer les investissements, de stimuler l’innovation, de développer leurs exportations et de tirer pleinement parti de l’essor de l’économie numérique. L’investissement dans le futur corridor numérique Pakistan-Arabie saoudite ne vise donc pas uniquement à moderniser les réseaux de communication, mais également à renforcer durablement la compétitivité économique.
L’industrie pakistanaise des technologies de l’information constitue l’un des secteurs exportateurs les plus performants du pays. Les statistiques officielles indiquent que les exportations de services informatiques progressent à un rythme proche de 20 % et ont atteint 4,2 milliards de dollars américains au cours des onze premiers mois de l’exercice budgétaire 2020/21. Les revenus en devises générés par les entreprises pakistanaises de développement logiciel, les spécialistes de la cybersécurité, les travailleurs indépendants et les jeunes entreprises technologiques n’ont cessé d’augmenter ces dernières années, contribuant de manière significative à la création d’emplois.
Pour maintenir cette dynamique, des infrastructures numériques robustes sont indispensables. La quasi-totalité du trafic Internet international transite aujourd’hui par des câbles sous-marins en fibre optique. Le développement de nouvelles connexions sous-marines, associé à des réseaux terrestres de fibre optique, permet d’améliorer la résilience du réseau, d’accroître les débits, de réduire la latence et de disposer de routes alternatives en cas d’incident technique. La résilience numérique devient ainsi un facteur déterminant du développement national, dans la mesure où la connectivité est essentielle au fonctionnement des services bancaires, du commerce électronique, des services cloud et des administrations publiques.
Ce projet s’inscrit également dans les ambitions de l’Arabie saoudite de développer les technologies de pointe, les villes intelligentes, le gouvernement numérique, l’informatique en nuage et l’intelligence artificielle. Alors que le Royaume entend s’affirmer comme un pôle technologique majeur au niveau régional, l’économie numérique pakistanaise est en mesure de contribuer davantage à l’un des marchés technologiques connaissant la croissance la plus rapide au monde.
Pour le Pakistan, cette coopération dépasse largement le seul développement des infrastructures. Elle constitue un levier pour les exportations de logiciels, la coopération entre start-up, le capital-risque, les partenariats de recherche et le développement des compétences. Les entreprises technologiques pakistanaises ont démontré des capacités croissantes dans des domaines tels que l’externalisation des processus métier (BPO), les technologies de la santé, les technologies éducatives, la cybersécurité et les technologies financières (fintech). Un renforcement de la coopération institutionnelle permettra de faciliter leur accès à de nouveaux marchés et de favoriser l’innovation grâce à des projets conjoints associant les secteurs public et privé.
Par ailleurs, ce corridor numérique met en valeur l’importance géostratégique du Pakistan. Situé au carrefour de l’Asie du Sud, de l’Asie centrale, du Moyen-Orient et de la mer d’Arabie, le pays dispose d’un potentiel considérable pour devenir un véritable hub régional de connectivité. Aux côtés des infrastructures de transport et d’énergie, les infrastructures numériques jouent désormais un rôle essentiel dans l’intégration régionale et deviennent un élément clé de la modernisation du commerce mondial.
Les discussions menées à Genève ont également mis en évidence le rôle déterminant du secteur privé. Si les gouvernements établissent le cadre des accords, la réussite durable des partenariats numériques dépend de l’engagement des entrepreneurs, des investisseurs, des entreprises technologiques et des centres de recherche. Une coopération renforcée favorisera les transferts de connaissances, le développement de solutions innovantes et l’émergence de partenariats commerciaux entre les deux économies.
Cet accord reflète une prise de conscience plus large : les alliances stratégiques de demain reposeront de moins en moins sur les seules considérations géopolitiques et de plus en plus sur la coopération technologique. À l’ère de la connaissance et de l’innovation, les États sont confrontés à de nouveaux défis pour rester compétitifs, notamment en développant des écosystèmes numériques sûrs, performants et orientés vers l’information.
Le corridor numérique Pakistan-Arabie saoudite représente précisément une telle opportunité. En renforçant les infrastructures numériques, en stimulant les investissements technologiques, en encourageant la coopération entre les acteurs privés et en améliorant la connectivité régionale, les deux partenaires jettent les bases d’une relation qui dépasse les cadres traditionnels. Si ce projet est mis en œuvre avec succès, il pourrait accélérer le développement de l’économie numérique pakistanaise, accroître les exportations de technologies, créer de nouvelles opportunités d’emploi pour une main-d’œuvre hautement qualifiée en pleine expansion et réaffirmer la profondeur du partenariat stratégique entre le Pakistan et l’Arabie saoudite à l’aune des exigences du XXIᵉ siècle.















