par Sébastien GOULARD
Le 16 septembre, a été inauguré le canal de Pinglu (平陆运河) dans la région autonome du Guangxi en Chine. Ce canal d’une longueur de 134 kilomètres relie la rivière Xijiang au golfe de Beibu. Premier canal qui relie un fleuve à la mer construit depuis l’avènement de la la République populaire de Chine en 1949, le canal de Pinglu permet à la fois de désenclaver certaines régions du Sud-Ouest de la Chine et de renforcer les échanges entre la Chine et ses voisins d’Asie du Sud-Est.
Quelques chiffres
La construction du canal de Pinglu (entre Pingtang–Luwu) a commencé en 2022 ; trois écluses géantes ont dû être construites pour réguler le niveau de l’eau, et ainsi permettre à des navires d’une capacité de 5 000 tonnes d’emprunter cette nouvelle voie fluviale.
Ce canal raccourcit de plus de 500 kilomètres le trajet de l’intérieur du Guangxi vers la mer, ce qui réduit les coûts logistiques jusqu’à 30 % sur le transport entre le Guangxi et l’Asie du Sud-Est. Le financement de sa construction avoisinerait les 72 milliards de RMB (9,5 milliards d’euros), ce qui en fait une infrastructure majeure à l’échelle du Guangxi.
Un moteur de croissance pour le Guangxi et les provinces du Sud-Ouest de la Chine
La région autonome du Guangxi a connu historiquement un développement plus faible que celui des autres provinces côtières, notamment en raison d’un manque de connexion entre sa façade maritime et l’intérieur des terres. Le canal de Pinglu devrait donc remédier à cette situation. D’autant plus que l’économie du Guangxi se tourne progressivement vers les secteurs liés aux énergies vertes et à la transition, qui trouvent des débouchés à l’exportation. La capitale provinciale Nanning est ainsi devenue depuis quelques années un centre majeur de la production de véhicules électriques. La région mise aussi sur sa proximité avec les économies du Sud-Est asiatique pour développer de nouvelles activités, Nanning accueille chaque année l’expo Chine-ASEAN.
Plus qu’un canal, c’est un véritable corridor économique qui se construit à travers la ceinture économique du canal de Pinglu. Cette zone, qui est construite entre Nanning et Qinzhou sur la côte, devrait attirer des investisseurs chinois et étrangers, notamment des investisseurs provenant de Malaisie, déjà présents au China-Malaysia Qinzhou Industrial Park. Le développement de cette nouvelle zone est considéré comme prioritaire pour le gouvernement provincial du Guangxi qui en fait un objectif pour son plan quinquennal 2026-2030.

La position de hub du port de Beibu se voit renforcée. Avec un trafic atteignant 32 millions de tonnes en juillet 2026, soit une croissance de 5 % en un an, Beibu connait déjà un développement important, stimulé par les échanges avec l’Asie du Sud-Est. L’ouverture du canal de Pinglu permettra de confirmer cette tendance et de créer de nouvelles routes maritimes entre le Guangxi et l’Asie.
Au-delà du Guangxi, c’est tout le Sud-Ouest de la Chine qui devrait bénéficier de ce canal, en réduisant à la fois les distances et les coûts de logistique vers les marchés étrangers. Le projet a ainsi été intégré dans le « nouveau corridor de commerce international terre-mer » initié en 2019 et qui vise à désenclaver les provinces de l’Ouest de la Chine (à savoir : Chongqing, Guizhou, Ningxia, Xinjiang, Gansu, Qinghai, Yunnan et Guangxi. Ce corridor constitue aussi un élément de l’initiative « Belt and Road ».
Le canal de Pinglu et les relations entre la Chine et l’ASEAN
La construction de ce canal s’inscrit dans une dynamique de rapprochement entre la Chine et l’Asie du Sud-Est. La Chine est le premier partenaire commercial de l’ASEAN, et les échanges entre les deux blocs continuent d’augmenter. Signé en 2025, le protocole CAFTA 3.0 a fortement modernisé l’accord de libre-échange qui lie la Chine à l’ASEAN depuis 2002. La Chine n’importe plus uniquement des matières premières et des produits agricoles d’Asie du Sud-Est, mais tout un ensemble de productions nécessaires à ses chaînes de valeur. La guerre commerciale sino-américaine initiée durant le premier mandat de Donald Trump, et les récentes tensions géopolitiques poussent les entreprises chinoises à renforcer leur présence en Asie du Sud-Est. La Chine est aujourd’hui le second investisseur au Vietnam, en Malaisie, et le troisième en Indonésie. Les entreprises chinoises œuvrent à une intégration toujours plus forte de leur chaîne de production entre leur pays et l’ASEAN. Cela est particulièrement manifeste dans les secteurs des voitures électriques, des batteries au lithium et des panneaux photovoltaïques, qui constituent les « trois nouvelles industries » (the New Three) que dominent les entreprises chinoises.
Dans cette stratégie, le nouveau canal de Pinglu tient une place importante, car il permet d’accélérer les flux et crée des opportunités dans les régions, auparavant moins accessibles, du Sud de la Chine.

















