par Irtija AHMAD
Alors que la confrontation entre les États-Unis et l’Iran s’éternise, l’Asie dispose de moins en moins de leviers pour amortir le choc, tandis que les économies d’autres régions du Sud global commencent elles aussi à en ressentir les effets. C’est précisément dans de telles circonstances que les institutions multilatérales revêtent une importance cruciale. Pour des institutions comme le Fonds monétaire international (FMI), l’enjeu consiste à déterminer si leurs programmes devraient prévoir des clauses spécifiques en cas de choc pour les pays dépendants des importations, afin qu’une hausse des prix provoquée par la guerre ne soit pas assimilée à un manque de discipline budgétaire intérieure, alors que les pays en développement se préparent à subir les conséquences d’un conflit dont ils ne sont pas responsables.
Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, le Pakistan a vu les prix des carburants augmenter pendant plusieurs mois et risque désormais une nouvelle flambée des prix de l’essence pour répondre aux exigences du FMI. Lorsque les prix des carburants ont atteint des niveaux records en avril, à la suite des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le FMI s’est montré réticent à envisager un quelconque assouplissement de la taxe sur les produits pétroliers. Pour atténuer les difficultés, le gouvernement a accordé environ 129 milliards de roupies pakistanaises de mesures de soutien, financées par des réductions des investissements dans le développement et d’autres dépenses publiques. En juin, la division du Pétrole avait averti qu’une fiscalité excessive risquait de menacer la stabilité sociale et économique. Elle avait préconisé de plafonner les recettes visées au titre de cette taxe à 1 000 milliards de roupies et d’en ramener le taux à 50 roupies par litre. En juillet, le Pakistan a commencé à réviser quotidiennement les prix des carburants, et le ministre du Pétrole a indiqué qu’un mécanisme de tarification dynamique, alors à l’étude, permettrait de réduire la taxe lorsque les prix mondiaux connaîtraient de fortes hausses. Le litre d’essence coûte actuellement 391,30 roupies, contre un coût sous-jacent de 254,96 roupies. Plus récemment, le Premier ministre pakistanais a déclaré à New York que le FMI ne s’opposait pas à une subvention ciblée de 100 roupies par litre d’essence. Les tensions ne se limitent pas à l’économie : elles s’étendent à la sécurité alimentaire et alimentent les manifestations populaires.
Le Bangladesh subit des pressions similaires. Le pays est confronté à sa plus grave crise de l’énergie depuis l’arrivée au pouvoir de l’administration de Tarique Rehman, en février 2026. Le 5 septembre, une alliance de onze partis dirigée par la Jamaat-e-Islami a entamé une longue marche à travers le pays. Les préoccupations du FMI concernant le poids des subventions énergétiques, dans le cadre de son programme de prêt de 5,5 milliards de dollars, accentuent encore les tensions politiques. La facture annuelle des importations de combustibles fossiles du pays pourrait augmenter de 2,8 milliards de dollars en 2026, soit une hausse de 30 % par rapport à 2025.
Contrairement aux économies en difficulté, le FMI dispose d’instruments d’action. Ses programmes autorisent certes des dérogations lorsque les objectifs ne sont pas atteints, mais celles-ci sont accordées au cas par cas, après que les faits se sont produits. Il n’existe toutefois aucun mécanisme préalablement convenu pour faire face à un conflit qui a fait grimper le prix de l’essence au-delà de 390 roupies le litre. Le Pakistan doit ainsi obtenir une dérogation formelle pour pouvoir manquer de seulement 463 millions de roupies son objectif de dépenses au titre du programme BISP à la fin juin 2026. Il en résulte une incohérence dans le traitement des pays. En avril, le Fonds a refusé d’assouplir sa position concernant la taxe sur les produits pétroliers au Pakistan, tandis que le Sri Lanka a obtenu, au cours du même mois, un assouplissement temporaire des conditions de son plan de sauvetage financier.
L’incertitude ne constitue pas davantage une raison pour attendre. Le 18 septembre, l’équipe de recherche sur le pétrole de JPMorgan a indiqué que, pour la première fois depuis le début du conflit, elle ne disposait plus d’un scénario de référence et ne savait pas comment modéliser l’issue de la crise. Si l’une des plus grandes banques du monde est incapable de prévoir l’évolution des prix, on ne peut raisonnablement attendre des gouvernements emprunteurs qu’ils établissent leurs budgets comme s’ils en étaient capables.
Le Fonds a déjà reconnu par le passé les chocs provoqués par les guerres. La guerre entre la Russie et l’Ukraine, en 2022, a également déclenché une crise alimentaire mondiale, qui a conduit à la création d’un guichet de financement destiné aux chocs alimentaires (Food Shock Window). Celui-ci permettait aux pays touchés d’emprunter, au moyen des instruments de prêt d’urgence du FMI, jusqu’à 50 % supplémentaires de leur quote-part. Ce guichet est resté actif jusqu’en mars 2024. Il a permis de mobiliser des financements sans assouplir les conditions qui leur étaient associées, mais il a néanmoins consacré un principe essentiel : un choc extérieur ne constitue pas un échec des politiques publiques. Aucun mécanisme équivalent n’existe pour faire face au choc énergétique de cette année.
L’introduction d’une clause spécifique en cas de choc permettrait de faire de ce principe une règle. Elle pourrait être activée lorsque les cours de référence du pétrole dépassent un seuil convenu pendant une période déterminée, entraînant une modification temporaire des objectifs relatifs aux prélèvements fiscaux et aux finances publiques pour les pays débiteurs dépendants des importations. Il conviendrait également de protéger les dépenses de développement, afin que les mesures de soutien ne soient pas financées par la suppression des investissements nécessaires au renforcement de la résilience à long terme. La clause expirerait automatiquement une fois les prix revenus à la normale, et toute aide accordée dans ce cadre devrait être ciblée et faire l’objet d’une reconnaissance publique explicite.
Le FMI a raison de faire preuve de prudence. Au Pakistan, la taxe sur les produits pétroliers constitue l’une des sources de recettes publiques les plus fiables, et les ménages les plus aisés ont historiquement été les principaux bénéficiaires des subventions générales aux carburants. Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, a recommandé aux pays de veiller à ce que les dispositifs de soutien soient ciblés et temporaires. Le désaccord porte moins sur la conception de ces dispositifs que sur les marges de manœuvre budgétaires disponibles. Une clause de protection en cas de choc permettrait précisément de dégager de telles marges sans compromettre la discipline budgétaire.
Le FMI devra également assumer le coût de sa rigidité. Au Bangladesh, les pénuries d’électricité ont déjà poussé l’opposition à descendre dans la rue. Les programmes qui ne distinguent pas les chocs d’origine intérieure de ceux provenant de l’extérieur risquent de transformer les souffrances économiques en une opposition à la réforme elle-même. Un FMI plus avisé, capable de faire la distinction entre l’indiscipline et les circonstances défavorables, serait non seulement plus équitable, mais aussi plus efficace.














