par Sébastien GOULARD
Le 12 août 2026, la Corée du Sud a dévoilé une nouvelle stratégie industrielle qui se distingue par ses ambitions. Si les médias se sont concentrés sur le projet d’alunissage pour 2030, les autres projets témoignent eux-aussi de la montée en puissance du pays, qui s’affirme dans un contexte géopolitique incertain.
Les « 7 SEEDS »
Le programme des 7 SEEDS (Strategic Emerging Engines for Disruptive Innovation) a pour objectif de confirmer la position de la Corée du Sud en tant que puissance innovante. Cette stratégie identifie sept secteurs dans lesquels la Corée du Sud doit atteindre un fort degré d’autonomie. En proposant ce programme, le Président Lee Jae-myung et son gouvernement veulent préparer la Corée du Sud aux enjeux d’une transformation économique et technologique.
Concernant l’aérospatial, la Corée du Sud ambitionne un premier alunissage pour 2030, elle rejoindrait alors un club très restreint des puissances qui ont atteint cet objectif. Un robot explorateur devrait être lancé par la fusée Nuri de conception coréenne. Séoul devrait aussi déployer un réseau de satellites (entre 128 et 512) pour 2035, qui permettra à la fois d’assurer la souveraineté de la Corée du Sud en matière de télécommunications et de sécurité et de permettre le déploiement de la technologie 6G sur son territoire.
La Corée du Sud souhaite développer son industrie nucléaire, notamment en déployant des petits réacteurs modulaires de faible puissance, mais aussi en investissant dans la technologie du « soleil artificiel », avec une première commercialisation à partir de 2038.
Séoul veut aussi devenir un géant des énergies renouvelables. Aujourd’hui, les énergies fossiles continuent de dominer la consommation d’énergie du pays, mais la Corée du Sud veut atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, ce qui suppose des investissements massifs à la fois dans le nucléaire, mais aussi dans le solaire, l’éolien, ou encore l’hydrogène. La Corée du Sud importe près de 60 % de son pétrole et de son gaz du Golfe persique et près de 20 % de son charbon de Russie. Le développement des énergies renouvelables permettra de réduire sa dépendance à des régions sous tension.
La Corée du Sud espère aussi devenir une puissance majeure des technologies quantiques et prévoit la mise en fonction d’un ordinateur quantique de 100 qubit pour 2029, ainsi que le développement de ses capacités de production de puces quantiques.
Un autre des sept grands projets annoncés par le gouvernement sud-coréen est le développement des biotechnologies, avec deux objectifs : le premier est de créer une infrastructure IA-biotechnologies pour 2030 et le second de commercialiser une interface « cerveau-ordinateur » pour 2035.
Enfin, Séoul veut maîtriser son accès aux ressources critiques en sécurisant ses chaînes d’approvisionnement, car l’ensemble des objectifs que la Corée du Sud s’est donnés dépend en grande partie de sa capacité à acquérir des terres rares et autres ressources stratégiques. Déjà en début d’année, le pays avait dévoilé sa feuille de route concernant l’accès aux terres rares, afin de diversifier ses sources d’approvisionnement auprès de partenaires stratégiques et ainsi être moins dépendant de la Chine.
Ce plan est extrêmement ambitieux, il est estimé à près de 7,1 milliards de dollars, mais ces investissements devraient préparer la Corée du Sud vers une transition économique majeure.
Le défi démographique
Pour Bae Kyung-hoon, le ministre des Sciences, ce plan a pour objectif « de bâtir une Corée du Sud face à laquelle personne ne pourra rivaliser d’ici 10 ou 20 ans ». La Corée du Sud est confrontée à plusieurs défis auxquels doivent répondre ces nouveaux projets. Tout d’abord, au niveau sociétal, le pays doit faire face à un déclin démographique. Selon des projections de l’ONU, la Corée du Sud pourrait perdre 6 millions d’habitants d’ici à 2050. Si son taux de natalité est en augmentation depuis plusieurs mois, il n’est pas suffisant pour assurer le renouvellement de sa population. La Corée du Sud doit donc dès maintenant se donner les moyens d’assurer son développement futur malgré un vieillissement de sa population. Les projets développés dans le cadre de la stratégie « 7 SEEDS » doivent permettre à la Corée du Sud de conserver, voire de renforcer sa productivité au niveau mondial.
Un contexte géopolitique plus fragile
Cette stratégie de développement est annoncée alors que la Corée du Sud doit faire face à une possible remise en cause de ses relations avec les Etats-Unis. Sous la présidence de Donald Trump, le soutien militaire américain à la Corée du Sud est plus incertain. Déjà, en 2018, durant son premier mandat, Donald Trump avait décidé d’annuler certains exercices militaires communs entre les armées américaines et sud-coréenne ; il a voulu réduire à nouveau des exercices conjoints ce mois d’août. Il a aussi publiquement remis en question la présence de militaires américains en Corée du Sud, car selon lui, elle coûterait trop cher aux Etats-Unis. Plus grave encore aux yeux des Sud-Coréens, le Président américain semble désireux de rencontrer à nouveau le dirigeant nord-coréen malgré le tir de plusieurs missiles balistiques au mois d’août.
Selon un sondage mené par le Pew Research Center, pour la première fois depuis vingt ans, une majorité de Sud-Coréens ont une mauvaise image des Etats-Unis. Dans ce contexte, la Corée du Sud cherche à devenir plus autonome dans sa stratégie industrielle, notamment si, par exemple elle n’avait plus accès à certaines technologies ou ressources stratégiques. Cela passe aussi par une diversification de ses partenariats avec des Etats d’Asie du Sud-Est, une présence plus affirmée en Europe, et de nouvelles relations, plus apaisées, avec la Chine, comme en témoigne la récente visite du ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi à Séoul le 20 août dernier.

















