par Khansa Waris
La COP31 se tiendra à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre 2026. Les Nations Unies la présentent comme une occasion d’accélérer l’action climatique et de renforcer la coopération internationale. La question essentielle demeure toutefois celle des résultats concrets qu’elle permettra d’obtenir. Les gouvernements ont déjà pris de nombreux engagements en matière de climat, mais les populations des pays du Sud continuent de subir les conséquences des inondations, des vagues de chaleur, des sécheresses et de l’insécurité alimentaire. La COP31 ne sera véritablement déterminante que si elle permet de combler le fossé entre les promesses formulées dans les salles de conférence et l’aide concrète apportée aux populations.
La présidence du pays hôte entend répondre à cet enjeu en faisant de la mise en œuvre sa priorité. Elle a défini dix thèmes prioritaires et fixé trois grands objectifs à l’horizon 2035 : porter la part de l’électricité dans la consommation finale mondiale d’énergie d’un peu plus de 20 % à 35 %, réduire de moitié la croissance de la production mondiale de déchets et améliorer d’au moins 25 % l’efficacité énergétique des bâtiments. Ces objectifs sont précis, mais ils relèvent d’orientations politiques et non d’obligations juridiquement contraignantes. Des observateurs soulignent par ailleurs qu’ils permettent d’éviter les controverses relatives aux combustibles fossiles et au financement climatique, qui ont freiné les récents sommets internationaux. Une approche pragmatique peut néanmoins échouer à répondre aux besoins des pays les plus exposés si elle ne prévoit ni ressources financières suffisantes ni mécanismes de reddition de comptes.
L’électrification illustre parfaitement cet enjeu. Le recours à l’électricité plutôt qu’au pétrole, au gaz et au charbon dans les transports, les bâtiments et l’industrie peut réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en limitant la dépendance aux fluctuations des prix des combustibles importés. En 2024, le Pakistan a importé environ 17 gigawatts de panneaux solaires, soit deux fois plus qu’en 2023, les ménages et les entreprises étant à la recherche de sources d’électricité moins coûteuses. Lorsque les énergies propres permettent de réaliser des économies, leur adoption peut être rapide. Toutefois, cet essor s’est largement développé en dehors de la planification publique. Si les ménages les plus aisés se déconnectent du réseau électrique tandis que les plus modestes y restent tributaires, les coûts de fonctionnement du système risquent d’être supportés par ceux qui ont le moins de moyens pour y contribuer. Un objectif d’électrification ne sera donc pertinent que s’il s’accompagne de financements destinés aux réseaux électriques, aux capacités de stockage et à la mise en place de tarifs équitables.
La question des déchets peut sembler secondaire au regard des enjeux énergétiques, mais la présidence de la COP31 estime qu’elle pourrait permettre d’obtenir certains des résultats les plus rapides. Les déchets organiques enfouis dans les décharges produisent du méthane, un gaz à effet de serre qui contribue rapidement au réchauffement de la planète, mais dont la durée de présence dans l’atmosphère est relativement courte. La réduction de ses émissions peut donc produire des effets visibles à plus brève échéance. Dans les villes en expansion, les déchets non collectés obstruent également les systèmes de drainage et aggravent les inondations urbaines. L’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments répond à une logique similaire : l’ombrage, l’isolation et des systèmes de refroidissement plus performants rendent les logements plus sûrs lors des épisodes de forte chaleur, tout en réduisant les factures énergétiques. Ces deux objectifs présentent des avantages directs à l’échelle locale, mais les villes ont besoin de financements pour moderniser leurs systèmes de collecte des déchets et rénover leurs bâtiments, et pas seulement d’objectifs chiffrés.
Le changement climatique est un phénomène mondial, mais ses coûts ne sont pas répartis équitablement. Les pays se distinguent par leur contribution historique aux émissions de gaz à effet de serre, leur capacité à protéger leurs populations ainsi que leur accès aux financements et aux technologies. De nombreux pays en développement sont confrontés à des risques climatiques majeurs tout en devant composer avec l’endettement, la pauvreté et des infrastructures insuffisantes. Pour ces pays, l’adaptation au changement climatique ne constitue pas un projet environnemental facultatif. Elle est indispensable à la protection des logements, des moyens de subsistance et de la santé des populations.
Le Pakistan illustre l’ampleur des enjeux. Les inondations, les vagues de chaleur et le stress hydrique peuvent affecter simultanément l’agriculture, les transports, le logement et les services publics. Les inondations de 2022 ont touché plus de 33 millions de personnes et fait plus de 1 700 morts. L’évaluation réalisée à la suite de cette catastrophe a estimé les dommages à 14,9 milliards de dollars américains et les pertes économiques à 15,2 milliards de dollars, tandis qu’au moins 16,3 milliards de dollars étaient nécessaires au relèvement et à la reconstruction. Le changement climatique n’explique pas à lui seul chaque catastrophe : le degré d’exposition et les insuffisances en matière de planification contribuent également à l’ampleur des pertes. Néanmoins, lorsque les aléas climatiques se conjuguent à des infrastructures fragiles et à des marges budgétaires limitées, les coûts peuvent rapidement atteindre un niveau qu’aucun pays ne peut supporter seul. La réduction des émissions et l’adaptation sont toutes deux indispensables : la première permet de limiter le réchauffement futur, tandis que la seconde réduit les dommages liés aux effets du changement climatique déjà observés. Les pays ont également besoin d’un soutien pour faire face aux pertes et préjudices qui ne peuvent être évités.
C’est sur la question du financement que la mise en œuvre de cet agenda sera véritablement mise à l’épreuve. Lors de la COP29, organisée à Bakou, les gouvernements ont convenu d’un nouvel objectif en matière de financement climatique : les pays développés doivent prendre l’initiative de mobiliser au moins 300 milliards de dollars par an d’ici à 2035, dans le cadre d’un objectif plus large visant à mobiliser 1 300 milliards de dollars provenant de l’ensemble des sources de financement. De nombreux pays en développement ont estimé que ce montant était insuffisant. À titre de comparaison, les besoins du Pakistan en matière de relèvement et de reconstruction après les inondations de 2022 représentent environ un vingtième de cet objectif annuel mondial, pour une seule catastrophe survenue dans un seul pays. Les pays en développement doivent pouvoir déterminer si les financements annoncés sont additionnels, prévisibles et accessibles à des conditions abordables. Les prêts peuvent contribuer au financement de certains projets, mais un endettement excessif contraint les États vulnérables à payer deux fois : une première fois pour les dommages subis, puis une seconde fois pour rembourser les emprunts contractés. Les dons et les financements concessionnels revêtent une importance particulière pour des projets tels que les dispositifs de protection contre les inondations et les systèmes d’alerte précoce, qui ne génèrent pas de rendement commercial.
C’est pourquoi la mise en œuvre des engagements doit pouvoir être mesurée. Les gouvernements devraient rendre compte de l’origine des financements climatiques, de leurs dates de versement, de leur utilisation et des communautés qui en ont bénéficié. Le Sud global ne constitue pas non plus un ensemble homogène. Les petits États insulaires, les pays les moins avancés et les grandes économies émergentes sont confrontés à des risques différents, tandis que certains pays restent fortement dépendants des exportations de combustibles fossiles. Les pays en développement ont également leurs responsabilités : les fonds publics doivent être gérés dans la transparence et les stratégies climatiques doivent reposer sur des données probantes. Une transition qui entraînerait une hausse des coûts pour les ménages à faibles revenus sans leur proposer de solutions alternatives ne saurait être durable.
La COP31 ne pourra pas résoudre l’ensemble de ces différends en l’espace de deux semaines. Les négociateurs devront éviter les formulations ambitieuses en apparence, mais dépourvues de financements, de calendriers précis ou de mécanismes de responsabilisation. La transparence constitue en effet le fondement de la confiance entre les pays. Pour les États vulnérables, la justice climatique suppose un accès équitable aux ressources nécessaires à la réduction des risques. Pour les pays les plus riches et ceux qui émettent le plus de gaz à effet de serre, la crédibilité de leurs engagements dépend de leur capacité à les traduire en un soutien concret et à accélérer leur propre action climatique au niveau national. La COP31 devrait être évaluée à l’aune d’un seul critère : permettra-t-elle aux populations les plus exposées aux conséquences du changement climatique de mieux se protéger ? Dans le cas contraire, les discours de solidarité continueront de prendre de l’avance sur la réalité.










