par Sébastien GOULARD
Le 18 septembre 2026 a été officiellement inaugurée par le Président ukrainien Volodymyr Zelensky l’initiative de coopération régionale « Carpathian Eight » qui vise à renforcer la connectivité dans les pays du bassin des Carpates. Ce projet, déjà annoncé en août, a pour objectif de diversifier l’économie de cette région relativement rurale répartie sur huit pays qui sont l’Ukraine, la Pologne, la Slovaquie, la Tchéquie, l‘Autriche, la Serbie, la Hongrie et la Roumanie. Grâce à cette initiative, les Carpathes pourraient devenir un nouvel hub logistique et économique en Europe centrale.
Une priorité pour l’Ukraine
En proposant cette initiative, le Président Zelensky désire renforcer les liens entre l’Ukraine et ses voisins et ainsi accélérer le processus d’intégration de son pays à l’Union européenne, qui reste sa priorité. Pour cela, l’initiative « Carpathian Eight » doit permettre une plus grande coordination des Etats des Carpates pour construire et financer des projets à dimension régionale. Lors du premier sommet de « Carpathian Eight », près de 90 projets ont été présentés, qui constituent ensemble une stratégie globale pour la région, d’un montant total de 40 milliards d’euros, dans les secteurs de l’énergie, des transports, de la culture, de l’agriculture, de l’extraction minière et du soutien aux petites et moyennes entreprises. Cinquante accords ont déjà été signés pour un montant supérieur à un milliard d’euros. Il y a un enjeu à attirer des investisseurs privés européens dans la région des Carpathes, mais aussi d’impliquer les différents programmes de financement de l’Union européenne dans une dynamique régionale des Carpathes.
Mais à court terme, ce programme doit avant tout renforcer la logistique et les transports à l’Est de l’Union européenne. Depuis le début de l’agression russe, l’Ukraine résiste en partie grâce aux routes et aux trains qui relient son territoire à ses voisins de l’UE. Les navires marchands sont régulièrement la cible d’attaques de drones en mer Noire et les ports ukrainiens ont été visés par la Russie, qui s’est retirée en juillet 2023 de l’initiative céréalière de la mer Noire qui permettait l’exportation des céréales ukrainiennes par voie maritime. Pour ses exportations, mais aussi pour son approvisionnement et son réarmement, l’Ukraine a besoin de corridors logistiques avec l’Union européenne. Dans cette stratégie, la région des Carpathes joue un rôle clé pour garantir cette connectivité.
Cette initiative, comme souligné par le gouvernement ukrainien doit aussi permettre d’explorer de nouvelles options en matière d’énergie, avec la construction d’installations de stockage de gaz, mais aussi de petites centrales hydroélectriques et solaires ou encore de centrales à hydrogène. Ces projets permettraient à la fois d’accélérer la transition écologique mais aussi de garantir la sécurité énergétique de la région.
Avec « Carpathian Eight », Kyiv désire aussi renforcer son image auprès de certains voisins qui par le passé s’étaient montrés plus proches de Moscou, notamment pour des raisons énergétiques.
L’absence de la Hongrie ?
On peut cependant regretter que la Hongrie se soit abstenue dans un premier temps de rejoindre l’initiative. Si Budapest a été cordialement invitée, le Premier ministre hongrois Péter Magyar a fait savoir au Parlement qu’il rejetait l’offre formulée par Kyiv.
La principale motivation de ce refus initial a pour origine un désaccord entre la Hongrie et l’Ukraine sur l’énergie. Budapest reste extrêmement dépendante de l’énergie russe, elle importe 75% de son gaz naturel et 90% de son pétrole de la Russie. Si les importations de gaz naturel russes devraient drastiquement diminuer d’ici à l’automne 2027, ce n’est pas le cas pour le pétrole, pour des raisons d’infrastructures. Un protocole d’accord a été signé entre MOL, le géant des hydrocarbures hongrois et Naftogaz concernant la construction d’une infrastructure de stockage de produits pétroliers du côté hongrois de la frontière entre la Hongrie et l’Ukraine.
Si les relations entre Budapest et Bruxelles se sont considérablement réchauffées depuis le départ de Viktor Orbán, les rapports entre la Hongrie et l’Ukraine doivent encore s’améliorer sous le Premier ministre Péter Magyar.
Mais le 25 septembre, Anita Oran, la ministre hongroise des Affaires étrangères affirmait que son pays pourrait rejoindre l’initiative portée par Kyiv, après négociations, si « Carpathian Eight » protégeait les intérêts de la Hongrie. La porte n’est donc pas fermée.
Une communauté de destin
Si l’initiative « Carpathian Eight » fait la part belle aux investissements, elle a aussi pour objectif de renforcer les échanges entre les différentes communautés qui habitent la région. Pour Kyiv, il est crucial que les Polonais, Tchèques, Slovaques, Hongrois, Serbes, Roumains et Autrichiens continuent de soutenir l’Ukraine face à la Russie. Le développement de projets communs transfrontaliers devrait assurer ce soutien à l’Ukraine.
















