Le pragmatisme guide la visite de Merz en Chine

La visite de Friedrich Merz en Chine illustre un pragmatisme assumé face aux tensions stratégiques et aux interdépendances croissantes.

par Muhammad Asif NOOR

La visite officielle du chancelier allemand Friedrich Merz en Chine, les 25 et 26 février, intervient dans un contexte de pressions économiques en Europe et d’incertitudes stratégiques à l’échelle mondiale. Il s’agit de la première visite d’un dirigeant étranger en Chine durant l’Année du Cheval et elle fait suite au déplacement effectué en avril 2024 par l’ancien chancelier Olaf Scholz. Depuis lors, le contexte a sensiblement évolué.

L’économie allemande a enregistré deux années consécutives de croissance négative. Le coût élevé de l’énergie, l’affaiblissement de la compétitivité industrielle et la lenteur de la transformation numérique ont pesé sur la première économie européenne. Le secteur automobile, qui contribue de manière significative aux exportations et à l’emploi en Allemagne, est particulièrement sous pression. Depuis 2022, les exportations allemandes de voitures vers la Chine ont fortement reculé. Parallèlement, les constructeurs chinois de véhicules électriques ont accru leur part de marché à l’échelle mondiale.

Malgré ces difficultés, la Chine demeure le premier partenaire commercial de l’Allemagne. En 2025, les échanges bilatéraux ont atteint 253 milliards d’euros, en hausse de 2,7 % sur un an. Ce montant dépasse le volume des échanges commerciaux de l’Allemagne avec les États-Unis. Les investissements directs allemands en Chine ont atteint 7 milliards d’euros, leur niveau le plus élevé depuis quatre ans. Environ un tiers des ventes automobiles allemandes dépend du marché chinois, illustrant l’ampleur de l’interdépendance économique.

Friedrich Merz est accompagné de près de 30 dirigeants de grandes entreprises allemandes, parmi lesquelles Volkswagen, BMW, Mercedes-Benz, Siemens, Bayer, Airbus, DHL et Deutsche Bank. L’ampleur et la composition de la délégation soulignent l’importance que l’industrie allemande accorde au marché chinois. Nombre de ces entreprises ne se contentent pas d’exporter vers la Chine : elles y ont localisé leurs activités de recherche, de développement et de production.

Volkswagen a établi à Hefei un centre de développement de véhicules couvrant l’ensemble du cycle de conception. Mercedes-Benz a élargi sa coopération avec des entreprises chinoises spécialisées dans la conduite intelligente. BMW a renforcé sa présence en recherche et développement ainsi que son intégration dans les chaînes d’approvisionnement en Chine. L’entreprise allemande de robotique Neura Robotics a installé son siège chinois à Hangzhou. Ces initiatives indiquent que les entreprises allemandes considèrent la Chine non seulement comme un marché de débouchés, mais aussi comme un partenaire technologique et d’innovation.

Les données économiques intérieures de la Chine confortent cette analyse. En 2025, le total des importations chinoises a atteint 18 480 milliards de yuans (environ 2 580 milliards de dollars), un niveau record. Le commerce extérieur total s’est élevé à 45 470 milliards de yuans. Malgré l’incertitude économique mondiale, la Chine a maintenu sa position parmi les plus grands marchés d’importation au monde. Ce niveau de demande d’importations est déterminant pour des économies orientées vers l’exportation telles que l’Allemagne.

La visite s’inscrit également dans le débat en cours en Europe sur le « de-risking ». Ces dernières années, l’Allemagne a évoqué la nécessité de réduire certaines dépendances stratégiques. Toutefois, les données économiques montrent qu’un découplage complet n’est ni réaliste ni conforme aux intérêts des entreprises. Les échanges bilatéraux restent soutenus et les flux d’investissement se poursuivent.

Le programme de Friedrich Merz comprend des rencontres à Beijing ainsi qu’une visite à Hangzhou, important pôle de l’économie numérique et du développement de l’intelligence artificielle en Chine. L’économie numérique représente environ un quart du PIB de Hangzhou. L’Allemagne promeut depuis longtemps le concept d’« Industrie 4.0 », mais elle fait face à des défis dans des domaines tels que l’intelligence artificielle et l’internet industriel. Une coopération avec la Chine dans les technologies numériques et la transition écologique pourrait contribuer à combler certaines de ces lacunes.

Dans le même temps, des divergences persistent. Le gouvernement allemand a souligné son alignement avec ses partenaires transatlantiques et a exprimé des préoccupations concernant certaines questions politiques et de sécurité. L’Allemagne a récemment annoncé un plan de subventions de 30 milliards d’euros en faveur des véhicules à énergies nouvelles, incluant des mesures de soutien affectant les fabricants chinois opérant en Europe. Cette initiative reflète la volonté européenne de concilier coopération économique et prudence stratégique.

L’issue principale de la visite sera probablement une clarification accrue. Les deux parties doivent gérer la concurrence tout en élargissant les domaines de coopération dans le commerce, la transition écologique, l’industrie manufacturière avancée et la technologie. Les enjeux économiques sont considérables. Avec des échanges bilatéraux atteignant 253 milliards d’euros et des importations chinoises dépassant 18 000 milliards de yuans, la relation présente une profondeur structurelle.

Muhammad Asif Noor

Muhammad Asif Noor est le fondateur du Forum des Amis de la BRI.

Il est conseiller principal au Centre de Recherche du Pakistan à l’Université Normale du Hebei en Chine.

Cet article reflète les opinions personnelles de l’auteur et non nécessairement celles de Global Connectivities.

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