par Sébastien GOULARD
Début mai 2026, huit nouveaux pays ont rejoint le corridor économique de Luçon aux côtés des Philippines, des Etats-Unis et du Japon et ainsi participer au développement économique des Philippines.
Quelle participation ?
Selon l’annonce faite par le secrétaire aux finances philippin Frederick Go, les huit nouveaux partenaires du corridor économique de Luçon devraient contribuer de la manière suivante.
L’Australie devrait notamment financer des études techniques pour la construction de nouvelles infrastructures à hauteur de 32 millions de dollars.
Le Canada devrait lui aussi contribuer à une assistance technique pour des projets liés au nouveau corridor. Le ministre canadien du commerce international Maninder Sidhu qui était présent aux Philippines lors de l’annonce, a mis en avant les activités des entreprises canadiennes de l’aérospatiale aux Philippines et a réaffirmé la volonté de son pays à conclure un accord de libre échange avec Manille.
La Corée du Sud a elle aussi rejoint le corridor économique de Luçon, et notamment sur les aspects du transport et du numérique. Un partenariat public-privé avec des intérêts sud-coréens devrait être mis en place pour la modernisation de l’aéroport international Ninoy Aquino. L’aéroport qui a été privatisé en 2024 doit maintenant subir une modernisation importante pour concurrencer les autres hubs dans la région pacifique. La Corée du Sud devrait aussi coopérer avec les autorités philippines pour la création du futur center national pour la cybersécurité. D’un montant de 25,6 millions de dollars, il s’agit du projet le plus important mené par la Korea International Cooperation Agency (KOICA) aux Philippines. Ce projet témoigne aussi de l’importance de la coopération entre la Corée du Sud et les Philippines en matière de sécurité et de défense, au-delà même du corridor économique de Luçon.
Le Royaume-Uni va relancer son partenariat de croissance et d’investissement (Growth and Investment Partnerships Plus) avec les Philippines. Il s’agira de mobiliser l’expertise britannique dans les domaines de la transition et des énergies renouvelables, mais aussi de promouvoir les entreprises britanniques, notamment dans la finance, dans les projets liés au corridor économique de Luçon.
L’Union Européenne n’est pas absente de ce nouveau corridor, puisque quatre membres ont annoncé leur participation. Ainsi, le Danemark devrait coopérer avec les Philippines sur le dossier maritime du corridor économique de Luçon, principalement dans la construction navale avec potentiellement à la clé la création de 10 000 emplois.
La Suède quant à elle, fiancera une étude de faisabilité, pour un montant de 1,2 millions de dollar, concernant la future ligne de marchandises Subic-Clark-Manila-Batangas.
La France devrait elle aussi contribuer à la modernisation des infrastructures du corridor de Luçon à travers le financement de ponts. La France mènera aussi des projets d’investissement dans le domaine de l’aéronautique.
Enfin, l’Italie s’est engagée à apporter un soutien financier et une expertise aux entreprises italiennes désireuses de développer leurs activités dans le corridor de Luçon avec une priorité donné aux transports et aux semi-conducteurs.
Le corridor économique de Luçon
La participation de ces huit pays montre l’intérêt que provoque ce corridor à l’international. Il est important de noter qu’il ne s’agit pas de que de projets de coopérations publiques. Les huit nouveaux membres voient ce corridor comme une opportunité pour leurs entreprises pour se développer aux Philippines et dans toute l’Asie. Le corridor économique de Luçon est un projet conceptualisé par les Philippines, les Etats-Unis et le Japon.
Le partenariat pour les infrastructures et les investissements globaux
Le corridor économique de Luçon avait initialement été annoncé en avril 2024 dans le cadre du partenariat pour les infrastructures et les investissements globaux, lui-même basé sur « le réseau Blue Dot » développé par les Etats-Unis pour répondre à l’initiative chinoise « Belt and Road ».
Le partenariat pour les infrastructures et les investissements globaux a pour objectif de mobiliser jusqu’à 600 millions de dollars d’investissements publics et privés à horizon 2027 dans des projets d’infrastructures et selon des principes de développement durable. Lancé à l’initiative des Etats-Unis, ce programme a su convaincre les Etats G7, plusieurs Etats du Moyen-Orient et d’Afrique. Il a aussi reçu le soutien de l’Union Européenne en coordination avec le programme Global Gateway.
Des besoins massifs en infrastructures
L’objectif de ce corridor est de mieux connecter le sud de l’île de Luçon et de désengorger la métropole de Manille en créant de nouvelles activités et de nouveaux axes de transports entre Manille, Subic Bay, Clark et Batangas.
Pour les Etats-Unis et le Japon, à l’initiative du projet, le corridor devrait permettre aux Philippines de confirmer le développement d’industries innovantes, et ainsi permettre aux entreprises américaines et japonaises de diversifier leurs partenariats dans des secteurs en tension tels que celui des semi-conducteurs. Les nouvelles infrastructures construites dans le cadre du corridor (routes, lignes ferroviaires, aéroport, ports) devraient à leur tour rendre la région plus attractive auprès des investisseurs privés.
Le gouvernement philippin a déjà identifié plusieurs secteurs prioritaires pour le développement du corridor : le secteur industriel, l’immobilier, l’agroalimentaire et le tourisme. A terme, le corridor économique de Luçon devrait créer près d’un million d’emplois et permettre à l’économie philippine d’atteindre un taux de croissance annuelle à deux chiffres.
Des intérêts partagés
Pour les Philippines, l’annonce de la participation de huit autres nations dans le corridor économique de Luçon est une excellente nouvelle qui prouve l’intérêt porté par de Etats et entreprises étrangères à l’initiative philippine. Cette participation permet aussi à Manille de diversifier ses partenariats au-delà des Etats-Unis et du Japon et de se poser comme une alternative à la Chine dans des secteurs-clefs en Asie.
D’autre part, la participation de cinq pays européens (dont quatre membres de l’Union Européenne), montre que pour les Européens, l’Indopacifique reste une priorité et que les Philippines sont considérées comme un partenaire fiable sur lequel ils peuvent compter.
Les échanges commerciaux entre l’Union Européenne et les Philippines sont toutefois relativement limités aujourd’hui avec pour 2025 des échanges de marchandises qui s’élevaient à 17 milliards d’euros (contre 76 milliards entre l’Union Européenne et le Vietnam), même si l’Union Européenne est le troisième partenaire commercial des Philippines. On assiste cependant à un rapprochement entre les deux partenaires avec la signature prochaine d’un accord de libre échange entre Bruxelles et Manille probablement pour la fin de l’année 2026 après la fin du 6e cycle de négociations qui se termine en ce mois de mai. Les négociations pour cet accord ont repris en mars 2024 après avoir été mises en pause à plusieurs reprises.
Les montants annoncés par les Européens pour le développement du corridor restent modestes, mais témoignent d’un intérêt grandissant pour les Philippines qui pourraient ainsi devenir un partenaire stratégique de l’Europe en Indopacifique.

















