Le partenariat de connectivité UE-Arménie : une opportunité partagée

L’Arménie renforce son ancrage européen à travers un partenariat stratégique avec l’UE, en poursuivant une normalisation avec ses voisins.

par Sébastien GOULARD

Début mai, toute l’Europe avait les yeux rivés sur l’Arménie. Ce pays du Caucase manifeste l’envie de s’ancrer à l’Europe et de réduire sa dépendance à la Russie. Le 4 mai dernier, s’est déroulé à Erevan, le sommet de la Communauté politique européenne qui a réuni des chefs d’Etat et de gouvernement de l’ensemble de l’Europe et du Canada. Cette rencontre a été suivie du premier sommet « Union Européenne – Arménie ». A cette occasion a été signé le partenariat de connectivité UE-Arménie par la Présidente de la Commission Ursula von der Leyen, le Président du Conseil européen António Costa et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian.

Les priorités du partenariat de connectivité UE-Arménie

Cet accord marque une étape importante dans les relations entre l’Union Européenne et l’Arménie. Lors de cette rencontre, le Premier ministre Pachinian a déclaré qu’il serait ravi que l’Union Européenne accepte, un jour, l’Arménie en son sein. Si aucun dépôt de candidature officiel n’a encore été effectué, cette déclaration témoigne de l’intérêt grandissant de l’Arménie à rejoindre l’Union Européenne et assurer ainsi sa prospérité. Cette déclaration a été prise très au sérieux par le Président russe qui a suggéré aux autorités arméniennes d’organiser un référendum sur une éventuelle adhésion de l’Arménie à l’Union Européenne. Derrière cette prise de parole se cache une menace de la Russie. En effet, les intérêts russes sont très présents en Arménie, et plusieurs secteurs stratégiques dont l’énergie et les transports ferroviaires dépendent en partie d’entreprises russes. Erevan devra tout d’abord clarifier ses positions et développer de nouveaux partenariats (notamment dans la modernisation de son secteur nucléaire), hors Russie, pour envisager une candidature à l’Union Européenne.

Le but de ce partenariat de connectivité est d’intégrer l’Arménie à la dynamique européenne. Cet accord a trois priorités. La première est de mieux connecter l’Arménie aux réseaux de transports de l’Union Européenne, et notamment le corridor de transport Transcaspien qui doit devenir un axe majeur d’échange entre l’UE et les Etats d’Asie centrale et d’Asie orientale. A travers ce partenariat, l’UE pourra identifier et financer des études de faisabilité pour de nouveaux transports en Arménie.

Le second pilier concerne l’énergie. L’Arménie cherche à devenir moins dépendante de ses voisins concernant son accès à l’énergie. Comme l’a déclaré le Premier ministre Nikol Pachinian lors de cette rencontre, l’Arménie présente un fort potentiel pour le développement de l’énergie solaire. Le programme de développement du secteur de l’énergie arménien définit un objectif de 15% d’énergie solaire pour 2040. Pour cela, l’Arménie compte attirer de nouveaux investisseurs, notamment pour augmenter ses capacités de stockage.

Enfin le troisième point de cet accord de connectivité UE-Arménie couvre le numérique et les nouvelles technologies. L’Arménie doit pouvoir s’intégrer dans l’environnement numérique européen notamment pour faciliter ses échanges commerciaux. D’autre part, l’Arménie présente des ambitions dans le secteur des semi-conducteurs comme cela a été rappelé au Yerevan Dialogue 2026. L’Union Européenne et l’Arménie pourraient aussi coopérer dans le développement de l’exploitation des terres rares, puisque certaines études montrent que le sous-sol arménien pourrait être riche en ressources, ce qui permettrait ainsi à l’UE de diversifier son accès à certains minerais.

Ce partenariat stratégique devrait aussi s’accompagner de diverses rencontres et échanges au niveau commercial, économique et sociétal entre l’UE et l’Arménie. Cette stratégie s’aligne avec le Global Gateway inauguré par l’Union Européenne en 2021, ainsi qu’avec la stratégie européenne pour le Sud-Caucase. Cet accord complète le plan de résilience et de croissance pour l’Arménie (2024-2027) d’un montant de 270 millions d’euros qui couvrait déjà les secteurs de l’énergie et des transports mais aussi de la gouvernance et de l’emploi.

L’Arménie et ses efforts d’intégration régionale

Parallèlement à cette ouverture sur l’Europe, l’Arménie sous le Premier ministre Nikol Pachinian, s’est engagé dans une politique de normalisation avec ses voisins turc et azerbaïdjanais pour renforcer son intégration régionale. En plus d’un accord sur la très symbolique restauration du point d’Ani datant du 10e siècle entre les deux pays, la Turquie et l’Arménie ont convenu d’autoriser à nouveau leurs échanges commerciaux directs, cela n’était pas possible depuis 1990. Cependant la frontière restera encore fermée entre l’Arménie et la Turquie. Les biens qui seront échangés entre les deux Etats, via un pays tiers, seront tout de même considérés comme du commerce bilatéral. On peut espérer qu’à mesure que l’Arménie et la Turquie développent ce type d’initiative, les frontières puissent totalement s’ouvrir. Déjà, depuis mars 2026, Turkish Airlines, principale compagnie aérienne de Turquie, relie Los Angeles à Erevan via Istanbul. De nouvelles routes entre les deux pays devraient bientôt être ouvertes.  

Du côté des relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, on constate là aussi des efforts pour une normalisation, même si ce processus semble long et difficile. Les deux pays n’entretiennent pas de relations diplomatiques officielles, mais il faut noter la participation, – par visioconférence -, du Président azerbaïdjanais Ilham Aliyev au 8e sommet de la Communauté politique européenne d’Erevan.

Comme l’a justement déclaré le Premier ministre Nikol Paschinian, « l’Arménie est entourée par le peuple turc : 90 millions à l’Ouest en Turquie, 10 millions à l’Est en Azerbaïdjan, et 35 millions au Sud en Iran, le pays doit faire face à cette réalité ». Cela signifie que l’Arménie doit travailler à établir de meilleures relations avec ses voisins turc et azerbaïdjanais, notamment dans un contexte de tensions en Iran, qui constituait sa principale porte d’entrée avec le reste du monde.  Dans ces conditions, le soutien de l’Union Européenne devient une priorité pour l’Arménie. Cependant cette stratégie n’es pas partagée par l’ensemble de la société arménienne, même si les Arméniens semblent désireux de se rapprocher de l’Europe. La recherche d’une normalisation des relations avec la Turquie et l’Azerbaïdjan, menée par l’actuel Premier ministre n’est pas toujours partagée, notamment suite à l’invasion du Haut-Karabagh par l’Azerbaïdjan en septembre 2023. Se dérouleront en juin 2026 des élections législatives qui pourraient voir l’arrivée au pouvoir de partis qui remettraient en cause cette stratégie, avec potentiellement le soutien de la Russie.

Il faudra dans tous les cas, que l’Union Européenne et Arménie maintiennent un dialogue constructif. Pour l’Union Européenne, la coopération avec l’Arménie est un enjeu majeur pour le maintien de sa stratégie dans le Sud-Caucase alors que ses relations avec l’Azerbaïdjan souffrent de quelques tensions, et que le gouvernement géorgien mène une politique en décalage avec les valeurs de l’Union Européenne.

Sébastien Goulard

Sebastien Goulard is the Editor-in-Chief of GlobalConnectivities. He publishes articles and analyses on major infrastructure projects around the world, as well as initiatives that promote international exchange and cooperation. He has conducted extensive research on China’s Belt and Road Initiative.

Sebastien Goulard is also the founder of Cooperans, a consultancy firm that supports stakeholders engaged in international projects. He holds a PhD in the socio-economics of development from the École des Hautes Études en Sciences Sociales (School of Advanced Studies in the Social Sciences).

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