par Fareena HABIB
Les relations économiques entre le Pakistan et la Chine ont atteint leur apogée, notamment avec la signature d’un accord majeur dans le cadre du Plan d’action maritime quinquennal 2025-2029, le 18 septembre 2025, lorsque les deux pays ont officialisé leur engagement à renforcer leur coopération maritime Cet accord historique catalyse le développement de l’ambitieux corridor maritime Chine–Gwadar–Afrique, qui vise à rationaliser les routes commerciales et de transport à travers des régions clés.
Le corridor prévoit la mise en place de cinq routes stratégiques, destinées à faciliter la connectivité maritime et à renforcer les liens économiques entre les deux pays. Ces premières étapes promettent non seulement de consolider les liaisons logistiques, mais aussi de favoriser une plus grande intégration économique, de promouvoir le commerce régional et d’accroître la prospérité mutuelle. Alors que le Pakistan et la Chine poursuivent leur coopération dans cette entreprise maritime, le potentiel de ce partenariat pour transformer les dynamiques commerciales régionales est considérable, annonçant une nouvelle ère de collaboration dans le transport maritime et le commerce international.
Le port de Gwadar, dans le cadre du corridor Chine–Gwadar–Afrique, une initiative économique stratégique visant à restructurer les flux commerciaux régionaux et à optimiser l’allocation des ressources grâce à la connectivité maritime, est en train de se positionner comme un « port vert », doté d’entrepôts sous douane. Cet investissement dans les infrastructures constitue un cas classique d’approfondissement du capital, dans lequel l’amélioration des capacités logistiques et de transport devrait réduire les coûts de transaction, accroître l’efficacité et stimuler les volumes d’échanges entre l’Asie et l’Afrique. Dans les corridors maritimes, l’approfondissement du capital renvoie aux investissements dans des ports modernisés et de nouvelles technologies, qui permettent d’attirer les investissements directs étrangers (IDE) et d’améliorer la connectivité ainsi que l’efficacité. Des infrastructures seront développées afin de créer des routes courtes reliant Gwadar aux corridors ferroviaires et routiers Islamabad–Turquie–Iran. Le modèle de « port vert » devrait contribuer à hauteur de 30 % au PIB du district de Gwadar d’ici 2027, positionnant la ville comme un centre régional du commerce et de la logistique.
La question centrale est de savoir si la coopération Chine–Gwadar–Afrique constitue une voie viable vers la prospérité économique. Dans une initiative pragmatique, les deux nations entreprennent un projet d’envergure visant à renforcer les capacités locales par la création de programmes de formation à l’économie bleue. Ces programmes, qui se tiendront au Centre de l’économie bleue de Gwadar, offriront des formations spécialisées en aquaculture, en pêche et en logistique à plus d’un millier de personnes locales. Selon les dernières données publiées par le Bureau pakistanais des statistiques, le taux de chômage au Pakistan atteint 7,1 %. Cette approche concrète vise non seulement à doter les participants de compétences précieuses, mais aussi à répondre au problème pressant du chômage dans le pays. En créant environ 25 000 nouveaux emplois, cette initiative pourrait revitaliser l’économie locale et favoriser un développement durable dans la région.
Lors de discussions à Beijing le 4 septembre 2025, Muhammad Junaid Anwar Chaudhry, ministre fédéral des Affaires maritimes, et des responsables de grandes entreprises chinoises, notamment des représentants du groupe Shandong Xinxu, ont examiné les moyens de renforcer la coopération dans le développement portuaire, la construction navale, le recyclage des navires ainsi que dans l’économie bleue. Cette initiative offrira à la Pakistan National Shipping Corporation (PNSC) l’opportunité d’élargir et de diversifier considérablement sa flotte, permettant à l’organisation de mieux répondre à la demande croissante du commerce et du transport maritimes.
Le corridor incarne les principes de l’économie bleue, qui met l’accent sur l’utilisation durable des ressources marines comme moteur de croissance. La sollicitation par le Pakistan d’investissements chinois dans la construction navale, les exportations de produits de la mer, le tourisme maritime et la logistique maritime traduit une volonté de diversifier sa base industrielle et de tirer parti d’avantages comparatifs dans les industries liées à l’océan. Le complexe industriel maritime intégré proposé peut être interprété comme une tentative de générer des économies d’échelle, tandis que l’adoption d’énergies renouvelables et de pratiques de transport maritime vert s’inscrit dans les tendances mondiales visant à internaliser les externalités environnementales. Le commerce extérieur et l’investissement constituent des éléments clés pour permettre au Pakistan de sortir d’une crise macroéconomique prolongée qui pèse sur son économie fragile.
La dimension africaine introduit d’importants effets de création de commerce. En réduisant la dépendance à l’égard de routes maritimes plus longues, le corridor diminue les coûts d’opportunité pour les exportateurs et importateurs africains, améliorant ainsi les termes de l’échange. Les économies africaines bénéficient d’un accès accru aux marchés asiatiques pour les produits agricoles, les minerais et les biens manufacturés, tandis que le Pakistan et la Chine obtiennent de nouveaux débouchés pour leurs exportations industrielles et technologiques. Cet échange réciproque favorise la diversification économique et renforce la coopération Sud-Sud, contribuant à une répartition plus équilibrée des flux commerciaux mondiaux.
Néanmoins, le succès du corridor dépendra de la capacité à surmonter plusieurs contraintes structurelles. La préparation des infrastructures est essentielle, car des installations portuaires ou des réseaux ferroviaires incomplets pourraient créer des goulets d’étranglement et réduire les rendements attendus des investissements. Des garanties environnementales devront être appliquées afin de prévenir des externalités négatives telles que la surpêche ou la dégradation des écosystèmes marins. Par ailleurs, des sensibilités géopolitiques pourraient introduire des incertitudes, susceptibles d’affecter les flux d’investissement et la stabilité du commerce.
En résumé, le corridor Chine–Gwadar–Afrique représente un investissement stratégique dans la connectivité, la durabilité et la diversification des marchés. Les autorités pakistanaises en charge des affaires maritimes se sont fixé pour objectif d’augmenter la part de la flotte marchande nationale de 12 % à 30 % d’ici 2047, renforçant ainsi la capacité du port de Gwadar en tant que plateforme commerciale régionale. En positionnant Gwadar comme un hub maritime vert, le Pakistan et la Chine entendent maximiser les gains de bien-être grâce à la réduction des coûts commerciaux, à l’élargissement de l’accès aux marchés et à une gestion durable des ressources, inscrivant ainsi l’économie bleue dans le cadre plus large de l’intégration économique mondiale.













