Comment la connectivité façonne le partenariat Pakistan–Arabie saoudite

Le Pakistan et l’Arabie saoudite renforcent une coopération sécuritaire structurée afin de faire face aux menaces communes.

par Filza ASIM

Le Pakistan et l’Arabie saoudite ont convenu d’élargir leur coopération en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Cet accord fait suite à une réunion tenue à Riyad le 10 février 2026. Le ministre d’État pakistanais à l’Intérieur, Talal Chaudhry, a rencontré le vice-ministre saoudien de l’Intérieur, Abdulaziz bin Mohammed bin Ayyaf. Les deux parties se sont engagées à maintenir des échanges réguliers et ont réaffirmé une vision commune des enjeux sécuritaires.

Cette évolution s’inscrit dans le prolongement d’un pacte formel de défense signé l’an dernier. Celui-ci a transformé des décennies de coopération militaire en un cadre structuré. Il stipule qu’une agression contre l’un des deux pays constitue une menace pour l’autre. À Islamabad, des responsables qualifient cette étape de progression naturelle. La longue histoire de coopération entre les forces armées pakistanaises et leurs homologues saoudiennes rend cette avancée possible. Une confiance fondatrice existe.

Les réalités politiques alimentent ce partenariat. Le Pakistan subit une pression renouvelée sur sa frontière occidentale. Les attentats terroristes ont augmenté au cours des deux dernières années dans les provinces de Khyber Pakhtunkhwa et du Baloutchistan. Le ministère de l’Intérieur a signalé davantage d’incidents en 2025 qu’en 2024. Les forces de sécurité ont mené des opérations ciblées et les services de police ont renforcé leur coordination. Toutefois, des réseaux transfrontaliers persistent, acheminant combattants et financements. Leur démantèlement exige des partenariats internationaux.

L’Arabie saoudite fait face à ses propres menaces régionales. Le royaume a engagé d’importantes réformes de lutte contre le terrorisme en 2017, restructurant ses agences de sécurité et renforçant la surveillance des flux financiers. Riyad a besoin de partenaires disposant d’une expérience opérationnelle avérée. Le Pakistan offre cette expertise : ses forces ont mené des campagnes soutenues de contre-terrorisme pendant plus d’une décennie. Les opérations fondées sur le renseignement ont réduit les attaques urbaines majeures après 2014, tandis que les opérations militaires dans les zones tribales ont fourni un modèle de référence.

À Islamabad, des analystes de la sécurité évoquent un alignement stratégique. Un ancien secrétaire à l’Intérieur a souligné le rôle crucial du partage de renseignements, indiquant que les deux pays surveillent les financements transnationaux. La coopération réduit les angles morts. Un ancien chef de la police a mis en avant les échanges de formation : des officiers pakistanais ont formé du personnel du Golfe en criminalistique et en gestion des crises urbaines. Ces programmes renforcent les liens et harmonisent les méthodes.

Les impératifs économiques consolident également la relation. Le Pakistan dépend des transferts de fonds de ses travailleurs expatriés. L’Arabie saoudite accueille plus de deux millions de Pakistanais. La Banque d’État du Pakistan a enregistré plus de six milliards de dollars de transferts lors du dernier exercice budgétaire. Des relations sécuritaires stables protègent cette main-d’œuvre ; toute perturbation affecterait les ménages à l’échelle nationale. L’économie requiert ces entrées de devises.

Les projets d’investissement ajoutent un sentiment d’urgence. L’Arabie saoudite a annoncé des engagements dans les secteurs pakistanais de l’énergie, des mines et des infrastructures. La garantie sécuritaire précède ces investissements : les investisseurs évaluent d’abord le risque. Un partenariat sécuritaire stable réduit l’incertitude. Des responsables du Board of Investment estiment que les liens de défense signalent une continuité des politiques publiques, attirant ainsi les investissements directs étrangers. La raffinerie pétrolière de Gwadar financée par l’Arabie saoudite nécessite un environnement sûr.

Les liens sociaux et religieux facilitent la coopération. Des millions de Pakistanais effectuent chaque année un pèlerinage en Arabie saoudite. La coordination entre les ministères de l’Intérieur garantit des déplacements sûrs. L’échange d’informations sur la documentation réduit la fraude et la traite des personnes. La sécurité saoudienne dépend de la coopération des pays d’origine pour la gestion des foules. Cette collaboration produit des bénéfices directs pour les citoyens.

La participation du ministre Chaudhry au World Defense Show 2026 revêtait une dimension symbolique. L’événement réunit des fabricants d’armement et des responsables du monde entier. La présence du Pakistan témoigne de son engagement envers les nouvelles technologies. La production nationale de défense a récemment progressé : les Pakistan Ordnance Factories ont accru leurs exportations vers des États partenaires. La coopération avec l’Arabie saoudite ouvre la voie à des coentreprises et à des installations de maintenance, en cohérence avec l’objectif de renforcer une production de défense autonome.

Les experts plaident pour des mécanismes structurés. Un expert d’un centre de réflexion d’Islamabad a jugé inefficace une coopération ad hoc et proposé la création de cellules permanentes de liaison entre les ministères de l’Intérieur. Il recommande également des évaluations conjointes annuelles des menaces. Des indicateurs mesurables amélioreraient la redevabilité, évitant les efforts redondants et optimisant l’utilisation des ressources.

La faisabilité repose sur les capacités institutionnelles. Les deux pays disposent de structures sécuritaires établies. Au Pakistan, la National Counter Terrorism Authority coordonne les politiques provinciales ; en Arabie saoudite, le ministère de l’Intérieur exerce une supervision centralisée. Ces cadres permettent une mise en œuvre sans réforme juridique majeure. Les dirigeants politiques des deux côtés ont soutenu le partenariat, et la hiérarchie militaire pakistanaise appuie de manière constante le renforcement des liens sécuritaires internationaux. Cet alignement favorise une action durable.

La géopolitique régionale façonne également ce partenariat. Le Moyen-Orient et l’Asie du Sud partagent des défis communs. Les réseaux extrémistes exploitent les plateformes numériques et les circuits financiers informels. La cybersurveillance et le renseignement financier exigent une coordination transfrontalière. Le Pakistan a renforcé son dispositif de surveillance financière pour répondre aux standards internationaux ; l’Arabie saoudite a acquis des outils avancés de contrôle. Le partage d’expertise profite aux deux parties et renforce un front uni contre les acteurs non étatiques.

Certaines voix s’interrogent sur la pertinence de partenariats externes. Les praticiens de la sécurité apportent une réponse fondée sur les données, citant de nombreux complots déjoués aux ramifications internationales. Aucun État ne peut affronter seul des menaces transnationales. Une coopération structurée étend la capacité d’action sans porter atteinte à la souveraineté. L’État pakistanais conserve le contrôle total de ses opérations de sécurité intérieure.

Les autorités présentent cet engagement comme un volet d’une stratégie plus large. Les forces de sécurité poursuivent les opérations domestiques ; les agences de renseignement affinent leurs outils d’évaluation des risques. Les réformes policières urbaines ont introduit la cartographie numérique de la criminalité. La coopération avec l’Arabie saoudite complète ces efforts sans s’y substituer. Le rôle opérationnel et frontalier de l’armée demeure central.

Les prochaines étapes pratiques sont définies : protocoles formels de partage de renseignements, programmes conjoints de formation et unités coordonnées de suivi financier. Des échanges pour officiers de milieu de carrière sont également à l’étude. Ces initiatives requièrent des allocations budgétaires plutôt qu’une transformation structurelle. Les deux gouvernements financent déjà des formations en sécurité ; la réaffectation partielle vers des modules bilatéraux est pragmatique. Les échéances sont claires.

La communication publique influence la perception. Les autorités doivent fournir des informations transparentes sur la portée de la coopération afin d’éviter les spéculations. Les hauts responsables précisent que le partenariat vise le terrorisme et la criminalité organisée, sans cibler aucune communauté. Une communication cohérente renforce le soutien intérieur et assure une compréhension publique des bénéfices.

La réunion de Riyad s’est tenue à la veille du Ramadan. Le symbolisme revêt une importance particulière en diplomatie. La transmission des salutations des dirigeants pakistanais a confirmé la continuité au plus haut niveau. Des échanges réguliers entre ministères réduisent les délais de réaction en cas de crise et améliorent la coordination lors d’urgences impliquant expatriés ou pèlerins. Cette relation fonctionnelle sauve des vies.

Les institutions de sécurité pakistanaises ont supporté de lourdes charges : des milliers de soldats et de civils ont perdu la vie dans des attentats terroristes. L’État a investi d’importantes ressources pour rétablir la stabilité. Les partenariats avec des alliés de confiance consolident ces acquis. L’Arabie saoudite est demeurée un partenaire stratégique constant. La formalisation de la coopération reflète une maturité bilatérale et reconnaît un avenir commun.

La coopération sécuritaire s’inscrit dans un cadre plus large où stabilité économique, cohésion sociale et réforme institutionnelle fondent une paix durable. Le nouvel entendement entre le Pakistan et Riyad traite d’un pilier essentiel. Les dirigeants politiques ont démontré leur engagement ; la mise en œuvre déterminera l’impact. Le professionnalisme de l’armée pakistanaise constitue le socle de cette démarche.

La trajectoire est claire : le Pakistan recherche des partenariats régionaux stables, fondés sur le respect mutuel et des intérêts sécuritaires partagés. L’Arabie saoudite souhaite des alliés fiables dotés d’une profondeur opérationnelle. Les deux nations font face à des menaces communes. Une action coordonnée renforce la résilience. La poursuite des échanges entre institutions de l’Intérieur et de la Défense définira la prochaine phase. Ce partenariat constitue une réponse rationnelle à un environnement sécuritaire complexe et offre une sécurité accrue aux deux pays.

Filza Asim

Filza Asim est une journaliste spécialisée dans les questions de sécurité et de diplomatie en Asie du Sud et en Asie centrale, avec un intérêt particulier pour l’évolution de la posture stratégique du Pakistan.

Elle est auteure d’analyses et des tribunes pour des plateformes internationales, couvrant la géopolitique, la sécurité régionale et la politique étrangère, avec une approche fondée sur la recherche et l’analyse contextuelle.

Cet article reflète les opinions personnelles de l’auteur et non nécessairement celles de Global Connectivities.

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