Un point d’inflexion stratégique : comment les investissements agricoles sino-pakistanais peuvent redéfinir la croissance économique

Les investissements agricoles sino-pakistanais constituent un tournant stratégique vers une croissance fondée sur la productivité.

par Sara NAZIR

La signature de 79 accords d’investissement sino-pakistanais, d’un montant d’environ 4,5 milliards de dollars, dans les secteurs agricole et agroalimentaire constitue un tournant stratégique dans la trajectoire économique du Pakistan. À un moment où la sécurité alimentaire, la création d’emplois et la diversification des exportations sont devenues des priorités nationales, cette initiative marque une volonté assumée d’exploiter le potentiel encore largement inexploité de l’économie agricole du pays.

Si l’on considère ces accords à la lumière des 603 millions de dollars de financements de développement obtenus auprès de la Banque islamique de développement, un schéma clair se dessine : le Pakistan privilégie désormais une stratégie de croissance fondée sur les secteurs productifs plutôt que sur de simples mesures de stabilisation.

Repositionner l’agriculture comme moteur de la croissance

L’agriculture a toujours constitué le pilier central de l’économie pakistanaise. L’objectif du cadre d’investissement actuel est de transformer ce secteur, traditionnellement axé sur la production primaire, en un moteur de croissance fondé sur la création de valeur. La théorie du développement souligne que, pour générer une croissance durable, les secteurs primaires doivent être étroitement reliés aux activités de transformation, à la logistique et aux marchés d’exportation. L’accent mis, dans les accords soutenus par la Chine, sur la transformation alimentaire, le stockage frigorifique, l’agritech, l’élevage, la pêche et les infrastructures post-récolte repose précisément sur cette logique.

En ciblant l’ensemble de la chaîne de valeur agricole, plutôt que des segments isolés, cette initiative s’inscrit dans les meilleures pratiques internationales en matière de transformation agricole, telles qu’observées notamment dans les économies d’Asie de l’Est ayant réussi à intégrer l’agriculture au développement industriel et aux exportations.

Technologie, capital et gains de productivité

Du point de vue de la théorie des investissements directs étrangers, l’importance de l’implication chinoise ne réside pas uniquement dans l’apport de capitaux, mais également dans le transfert de technologies et l’amélioration de l’efficacité. L’expérience chinoise en matière de semences hybrides, de mécanisation, d’agriculture de précision et de transformation agroalimentaire offre au Pakistan l’opportunité de combler rapidement son déficit de productivité tout en préservant son avantage comparatif dans le secteur agricole.

Ces investissements devraient également favoriser l’adoption de pratiques agricoles modernes, accroître la productivité et réduire les pertes post-récolte, rendant ainsi la chaîne d’approvisionnement plus stable et les revenus des agriculteurs plus sûrs. Grâce à ces gains de productivité, le Pakistan pourra satisfaire ses besoins alimentaires domestiques tout en générant des excédents exportables de produits agricoles transformés et à forte valeur ajoutée.

Renforcer la sécurité alimentaire par les chaînes de valeur

La sécurité alimentaire est désormais envisagée comme une fonction de la résilience des chaînes d’approvisionnement, et non plus seulement comme une question de niveaux de production. Les investissements dans les infrastructures de stockage, l’alimentation animale, les capacités de transformation et la logistique renforcent la capacité du système à absorber les chocs et à assurer la stabilité des prix, conformément aux conceptions modernes de la sécurité alimentaire.

Dans cette perspective, le Pakistan peut améliorer sa balance des paiements en réduisant sa dépendance aux importations de produits alimentaires intermédiaires et en développant ses propres capacités de transformation. Les accords agricoles poursuivent ainsi des objectifs à la fois économiques et stratégiques.

Financement du développement complémentaire et infrastructures habilitantes

La coopération parallèle avec la Banque islamique de développement consolide davantage ce modèle de croissance. Le développement des infrastructures, en particulier des corridors de transport, améliore l’accès des producteurs agricoles aux marchés, tandis que les dépenses sociales consacrées à la réduction de la pauvreté et à l’éducation contribuent à la formation du capital humain, garantissant une croissance économique inclusive.

Cette intégration entre investissements productifs et financement du développement illustre la logique de la nouvelle économie structurelle, qui vise à aligner les investissements sur les avantages comparatifs existants d’un pays tout en développant les institutions et infrastructures nécessaires.

Renforcer le potentiel d’exportation et l’intégration régionale

Avec l’augmentation des capacités de transformation et de la qualité des produits, la base exportatrice agricole du Pakistan peut évoluer vers des activités à plus forte valeur ajoutée. Les aliments transformés, les produits laitiers, les viandes, les produits de la pêche et l’horticulture offrent des marges plus élevées et une plus grande résilience que les exportations de matières premières brutes. L’accès au marché chinois, combiné à une meilleure connectivité régionale dans le cadre de dispositifs de coopération économique élargis, renforce encore ces perspectives.

À cet égard, l’initiative d’investissement agricole complète les efforts du Pakistan visant à s’intégrer aux chaînes de valeur régionales.

Un partenariat de développement tourné vers l’avenir

Plutôt que d’être perçus comme des accords isolés, les accords agricoles sino-pakistanais témoignent d’un partenariat de développement prospectif fondé sur des avantages économiques mutuels. Ils traduisent une confiance dans le potentiel agricole du Pakistan et un engagement en faveur d’une croissance tirée par la productivité.

Si cette initiative est mise en œuvre de manière coordonnée et continue, elle peut transformer l’économie des zones rurales, créer des emplois, renforcer la sécurité alimentaire et positionner le Pakistan comme un acteur compétitif sur le marché agricole régional. Plus largement, elle illustre la manière dont des partenariats stratégiques peuvent être mobilisés pour soutenir les priorités de développement dans un environnement économique mondial en mutation.

Sara Nazir

Sara Nazir est une experte dynamique au profil académique solide, titulaire d’un Master en études stratégiques de l’Air University d’Islamabad et actuellement en poste au ministère de la défense au Pakistan ; elle a travaillé précédemment à l’IIUI.

Ses travaux de recherche — notamment ses articles scientifiques et tribunes publiés dans des revues et plateformes de renom — témoignent d’un vif intérêt pour les enjeux contemporains, la politique nucléaire en Asie du Sud, la guerre hybride et les technologies émergentes.

Elle s’est distinguée par une performance académique remarquable, ayant obtenu la médaille d’or pour son diplôme de master.

Cet article reflète les opinions personnelles de l’auteur et non nécessairement celles de Global Connectivities.

Partagez:

Actualité