Un nouveau corridor au Moyen-Orient

La création d'un corridor reliant les EAU à la Méditerranée via l'Irak et la Syrie pourrait redessiner les routes commerciales régionales.

par Sébastien GOULARD

Fin juin, le groupe AD Ports a lancé un nouveau service logistique entre le port de Khalifa aux EAU et celui de Umm Qasr en Irak.

Avec ce nouveau service, le groupe AD Ports ambitionne de créer un nouveau corridor entre le Golfe et l’Europe à travers l’Irak, la Turquie et la Syrie. Dans ce dernier pays, le groupe AD Ports explore des pistes d’investissements dans les ports et zones d’activité pour créer de nouvelles liaisons commerciales avec le port irakien de Umm Qasr. Un des projets en discussion avec les autorités syriennes concerne la création d’un hub logistique à Al-Tanf, à la frontière irako-syrienne, cette localité abritait jusqu’à février dernier une base américaine, par conséquent Al-Tanf présente déjà quelques infrastructures qui seront utiles pour développer de nouveaux services de transport entre la Syrie et l’Irak.

Une Syrie plus attractive

Après des années d’isolement, la Syrie cherche à développer de nouveaux partenariats avec le reste du monde et notamment ses voisins arabes. Le 30 juin 2026, le ministre syrien de l’Economie et de l’Industrie Nidal al-Shaar annoncé l’ouverture de centres d’affaires avec la Jordanie et les Emirats. En 2025, les échanges entre Abu Dhabi et Damas (hors pétrole) ont doublé, pour atteindre 1,4 milliards de dollars. Les Emirats sont perçus par Damas comme des partenaires sur lesquels la Syrie peut, compter pour investir dans la modernisation du pays. Selon des estimations de la Banque Mondiale, la reconstruction de la Syrie après des années de conflit nécessiterait environ 216 milliards de dollars. Le gouvernement syrien a annoncé vouloir ouvrir plus largement son économie aux investisseurs étrangers et en octobre 2025, la Syrie avait signé pour 14 milliards de dollars de memorandum d’entente avec des investisseurs étrangers.

La crise du détroit d’Ormuz a renforcé l’attractivité de la Syrie auprès de Etats du Golfe et notamment des EAU. Ce dernier a renforcé les capacités de son port de Fujaïrat sur la mer d’Oman, à l’Est du détroit d’Ormuz. Les Emirats cherchent donc à diversifier leurs routes commerciales pour être à l’abri de possibles attaques de la part de l’Iran dans le détroit d’Ormuz, ains que des menaces des Houtis en mer Rouge. La création d’un corridor passant par la Mésopotamie jusqu’en Syrie ou Turquie est donc comme une option supplémentaire qui semblerait plus sécure.    

Cette stratégie devrait permettre la renaissance du port syrien de Tartus sur la Méditerranée. Le second port du pays après Lattaquié nécessite une modernisation. En juillet 2025, le groupe émirati DP World signait auprès des autorités syriennes une concession de trente ans pour opérer le port de Tartus.

Un autre défi auquel fait face le gouvernement syrien est la reconstruction de son réseau ferroviaire, ce qui permettra bien sûr renforcer les échanges dans le pays mais aussi vers les marchés voisins.

L’Irak  et la connectivité régionale

Tout comme la Syrie, l’Irak désire moderniser son réseau ferroviaire. En juin 2025, Bagdad obtenait une aide de 930 millions de dollars de la Banque Mondiale pour son plan de rénovation de son réseau ferroviaire et notamment de la ligne partant du port d’Umm Qars au sud à Mossoul au nord. En juin 2026, la Banque Mondiale a aussi accepté d’apporter un financement pour la rénovation du réseau routier irakien sur les axes menant à la Turquie, la Syrie et la Jordanie. La rénovation des infrastructures de transport en Irak devrait faciliter les investissements hors Bagdad.  L’Irak reste encore très dépendante de ses revenus pétroliers (qu’elle espère accroitre en augmentant sa production). La grande majorité de cette production est exportée par la voie maritime du détroit d’Ormouz. Il est crucial pour Bagdad de développer des alternatives pour toucher directement le marché européen par la Méditerranée.  

Une prolongation de l’IMEC ?

Ce nouveau corridor passant par l’Irak et la Syrie pourrait servir de segment secondaire au projet du Corridor Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) lancé en 2023, mais qui a été retardé par la reprise du conflit israélo-palestinien suite aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023. La crise du détroit d’Ormuz contraint les Etats du golfe à développer de nouvelles routes commerciales, maritimes ou terrestres. Les EAU semblent être parmi les plus motivés dans cette démarche et ne veulent pas dépendre de la seule bonne volonté de l’Iran qui contrôle le détroit, pour assurer ses échanges commerciaux.

La construction du corridor EAU-Irak-Syrie demandera du temps et beaucoup d’investissements, cependant pour les Etats du golfe cette nouvelle voie s’avère indispensable pour assurer leur indépendance face à l’Iran.

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