L’engagement Turkménistan–Pakistan en 2026 : une ouverture stratégique qu’Islamabad doit saisir

Le renforcement du partenariat entre le Pakistan et le Turkménistan constitue une opportunité stratégique pour sécuriser l’approvisionnement énergétique.

par Sara NAZIR

La récente rencontre entre le ministre des Affaires étrangères du Turkménistan, Rashid Meredov, et l’ambassadrice du Pakistan à Achgabat, Faryal Leghari, va bien au-delà d’un échange diplomatique de routine. Elle marque la maturation discrète mais constante d’une relation porteuse d’un potentiel stratégique significatif pour le Pakistan à l’horizon 2026 et au-delà. Alors que progressent les préparatifs de la sixième session de la Commission intergouvernementale turkméno-pakistanaise de coopération économique ainsi que d’un prochain forum d’affaires, Islamabad apparaît en position favorable pour transformer le dialogue diplomatique en gains géopolitiques et économiques durables.

Pour le Pakistan, l’engagement avec le Turkménistan ne se limite pas à une relation bilatérale : il revêt une dimension intrinsèquement régionale. Situé au cœur de l’Asie centrale, doté de certaines des plus importantes réserves de gaz naturel au monde et stratégiquement placé au carrefour de l’Asie de l’Est, de l’Ouest, du Sud et du Nord, le Turkménistan occupe une position clé. Le renforcement des liens avec Achgabat soutient l’objectif de longue date du Pakistan de devenir un pôle de connectivité régionale reliant l’Asie centrale aux ports en eaux chaudes et aux marchés mondiaux.

La sécurité énergétique au cœur de cette relation

Sur le plan stratégique, la coopération énergétique demeure la pierre angulaire des relations entre le Pakistan et le Turkménistan. Les vastes réserves gazières turkmènes offrent au Pakistan une solution de long terme à ses pénuries énergétiques chroniques, qui continuent de freiner la croissance industrielle et la stabilité économique. Bien que des projets tels que le gazoduc Turkménistan–Afghanistan–Pakistan–Inde aient connu des retards, un engagement diplomatique soutenu, à l’image des discussions actuellement en cours, permet de maintenir vivantes ces ambitions stratégiques.

Le regain d’attention porté à la coordination intergouvernementale en 2026 est révélateur. Il traduit une reconnaissance partagée du fait que l’intégration énergétique régionale ne peut être indéfiniment différée. Pour le Pakistan, un engagement constant avec le Turkménistan renforce son pouvoir de négociation, diversifie ses options énergétiques et réduit sa dépendance excessive aux marchés volatils du gaz naturel liquéfié (GNL) au comptant.

La diplomatie économique et des échanges en expansion

Au-delà de l’énergie, le prochain Forum d’affaires turkméno-pakistanais témoigne d’une évolution bienvenue vers une diplomatie économique pragmatique. Les exportateurs pakistanais, notamment dans les secteurs pharmaceutique, textile, agricole et de l’ingénierie légère, pourraient bénéficier d’un meilleur accès aux marchés d’Asie centrale. Le Turkménistan, de son côté, tire avantage des ports pakistanais, de ses infrastructures logistiques et de son accès aux marchés sud-asiatiques et moyen-orientaux.

L’examen des accords bilatéraux dont la signature est prévue plus tard dans l’année souligne la volonté du Pakistan d’institutionnaliser la coopération plutôt que de s’en remettre à des engagements ponctuels. Ces accords apportent de la prévisibilité, renforcent la confiance du secteur privé et contribuent à protéger les relations économiques des turbulences politiques régionales.

Une connectivité stratégique et une influence régionale

L’engagement du Pakistan avec le Turkménistan comporte également des implications géopolitiques plus larges. À mesure que la concurrence entre grandes puissances s’intensifie et que les blocs régionaux se recomposent, l’ouverture d’Islamabad vers l’Asie centrale renforce son autonomie stratégique. Le renforcement des relations avec le Turkménistan complète les partenariats existants du Pakistan avec la Chine, les États du Golfe et la Russie, positionnant le pays comme un trait d’union plutôt que comme un simple spectateur de la géopolitique eurasiatique.

Par ailleurs, la coopération avec un État neutre et diplomatiquement équilibré comme le Turkménistan s’inscrit pleinement dans la volonté du Pakistan de promouvoir la stabilité dans son voisinage élargi. Les visites de haut niveau actuellement envisagées offrent à Islamabad l’occasion de projeter constance, fiabilité et engagement à long terme, des qualités de plus en plus prisées par les partenaires régionaux.

Une diplomatie dans un environnement régional difficile

L’importance de cet engagement est renforcée par les réalités régionales. L’évolution incertaine de la situation en Afghanistan continue de compliquer la connectivité entre l’Asie du Sud et l’Asie centrale. Néanmoins, le dialogue soutenu du Pakistan avec le Turkménistan témoigne d’une patience stratégique et d’une vision à long terme. Plutôt que de renoncer à ses ambitions régionales, Islamabad consolide ses canaux diplomatiques et se prépare à un contexte plus favorable à la mise en œuvre de projets de connectivité.

Cette approche renforce également la stature diplomatique du Pakistan. En mettant l’accent sur la coopération économique, l’engagement du secteur privé et les cadres institutionnels, le pays se présente comme un acteur régional constructif, orienté vers le développement plutôt que vers la déstabilisation.

Quelles perspectives ?

Le défi pour le Pakistan réside désormais dans la mise en œuvre. L’élan diplomatique doit s’accompagner d’une coordination interministérielle efficace, de la mobilisation du secteur privé et d’une volonté politique durable. La sixième session de la Commission intergouvernementale ne doit pas être perçue comme un événement protocolaire, mais comme une plateforme visant des résultats mesurables, des calendriers clairs, des objectifs sectoriels précis et des mécanismes de suivi.

En 2026, le Pakistan a l’opportunité de faire évoluer sa relation avec le Turkménistan du stade du potentiel à celui de la performance. Les bases posées aujourd’hui à travers les consultations de haut niveau, les forums d’affaires et les accords bilatéraux peuvent aider le Pakistan à sécuriser son approvisionnement énergétique, à développer ses échanges commerciaux et à consolider son rôle de pivot régional.

Dans une région souvent marquée par des occasions manquées, l’approfondissement de l’engagement du Pakistan avec le Turkménistan apparaît comme une ouverture stratégique qu’il convient de saisir et de pérenniser.

Sara Nazir

Sara Nazir est une experte dynamique au profil académique solide, titulaire d’un Master en études stratégiques de l’Air University d’Islamabad et actuellement en poste au ministère de la défense au Pakistan ; elle a travaillé précédemment à l’IIUI.

Ses travaux de recherche — notamment ses articles scientifiques et tribunes publiés dans des revues et plateformes de renom — témoignent d’un vif intérêt pour les enjeux contemporains, la politique nucléaire en Asie du Sud, la guerre hybride et les technologies émergentes.

Elle s’est distinguée par une performance académique remarquable, ayant obtenu la médaille d’or pour son diplôme de master.

Cet article reflète les opinions personnelles de l’auteur et non nécessairement celles de Global Connectivities.

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