par Nimra KHALIL
Dans un contexte d’Asie du Syd-Est en rapide mutation, les récents échanges relatifs à un pacte de défense entre le Bangladesh et le Pakistan constituent un signal positif dans une relation historiquement marquée par les tensions. À la suite des changements politiques intervenus à Dhaka en 2024, les relations bilatérales ont commencé à se réchauffer, culminant avec des discussions entre hauts responsables le 6 janvier 2026. Le chef d’état-major de l’armée de l’air du Bangladesh, l’Air Chief Marshal Hasan Mahmood Khan, et son homologue pakistanais, l’Air Chief Marshal Zaheer Ahmed Baber Sidhu, ont évoqué la possibilité d’importer l’avion de chasse JF-17 Thunder. Cet accord s’inscrit dans le cadre du plan Forces Goal 2030, visant à moderniser la flotte aérienne de manière économiquement viable. L’industrie militaire pakistanaise devrait en tirer également profit en augmentant ses exportations. Bien que ces projets aient été critiqués par l’Inde voisine au regard de leurs implications supposées en matière de « sécurité », ils relèvent en réalité d’une posture essentiellement défensive plutôt qu’offensive.
Les débats récents : la mise en place de synergies opérationnelles
Selon les informations détaillées par l’ISPR pakistanais, la réunion du 6 janvier allait bien au-delà d’un simple processus d’acquisition. Les discussions ont porté sur le transfert de technologies, les possibilités d’entraînement conjoint du niveau élémentaire au niveau avancé, le renforcement des capacités, ainsi que le soutien à la maintenance des avions de chasse bangladais vieillissants. L’engagement comprenait la livraison immédiate d’avions d’entraînement Super Mushshak, accompagnée de services de soutien. La délégation bangladaise a également visité plusieurs installations, notamment le Centre national ISR et d’opérations aériennes intégrées ainsi que le Cyber Command de la Pakistan Air Force.
Cette dynamique s’inscrit dans un engagement plus large, incluant la reprise des échanges commerciaux directs et des vols entre Dhaka et Karachi à partir du 29 janvier 2026, marquant la fin du refroidissement diplomatique consécutif aux tensions de 1971. Le gouvernement intérimaire du Bangladesh, issu des changements de 2024, cherche à « diversifier ses partenariats traditionnels » et explore différentes options, notamment les J-10 chinois (20 appareils commandés pour 2,2 milliards de dollars) et les Eurofighter Typhoon (un protocole d’accord portant sur 10 à 16 appareils). Toutefois, le coût du JF-17 en fait une solution particulièrement attractive pour une modernisation soucieuse des contraintes budgétaires.
Le JF-17 Thunder : une option performante et économiquement viable
Au cœur de ces discussions figurent des offres telles que le « JF-17 Thunder Block III », un avion de chasse multirôle de génération 4,5, co-développé par le Pakistan Aeronautical Complex (PAC) en collaboration avec la société chinoise Chengdu Aircraft Corporation. L’appareil mesure 14,9 mètres de long, avec une envergure de 9,4 mètres, une masse maximale au décollage de 12 700 kg et un rapport poussée/poids de 1,07. Propulsé par un turboréacteur Klimov RD-93MA (91,2 kN), il atteint une vitesse de Mach 1,8 (1 910 km/h), un plafond opérationnel de 55 500 pieds et un rayon d’action de combat de 1 350 km. Son radar AESA, le KLJ-7A, permet de suivre des cibles jusqu’à 170 km et s’accompagne d’une avionique avancée comprenant des viseurs de casque, un système de recherche et de poursuite infrarouge, ainsi que des capacités de guerre électronique.
L’appareil peut emporter jusqu’à 3 300 kg d’armement répartis sur sept points d’emport, incluant des missiles air-air PL-12 au-delà de la portée visuelle, des missiles antinavires CM-400, des bombes guidées de précision, ainsi qu’un canon GSh-23-2 de 23 mm. Le JF-17 a été engagé opérationnellement lors d’un conflit de quatre jours impliquant les escarmouches entre le Pakistan et l’Inde en mai 2025, déclenchées par une attaque terroriste sous faux pavillon survenue le 22 avril au Cachemire.
Le Pakistan et ses exportations dans la défense
Le Pakistan tire d’importants bénéfices de tels accords et consolide son rôle clé sur le marché international de la défense. À ce jour, le JF-17 a remporté des contrats à l’exportation au Myanmar (8 à 16 appareils), au Nigeria (3), en Azerbaïdjan (40 avions pour 4,6 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent 4,6 milliards supplémentaires après un accord initial de 1,6 milliard), ainsi qu’en Irak, dernier pays acquéreur. D’autres États sont en phase de discussion, notamment la Libye (4 milliards de dollars pour 16 appareils et des infrastructures associées), le Soudan (1,5 milliard incluant des drones et des systèmes de défense aérienne) et l’Arabie saoudite (échanges de prêts de 2 à 4 milliards de dollars pour l’acquisition de JF-17). Ces ventes, fondées sur l’accessibilité financière, la fiabilité et les performances démontrées lors des affrontements de 2025, témoignent de la montée en puissance des technologies nationales pakistanaises, malgré un budget militaire limité à 11 milliards de dollars (pensions comprises) pour l’exercice 2025-2026, en hausse record de 20 % après les conflits.
Comparé aux alternatives F-16 ou Gripen, le JF-17 offre des capacités similaires pour un coût inférieur de moitié, assorti de modalités de paiement et de formation flexibles. L’augmentation des exportations profite non seulement à l’économie pakistanaise, mais favorise également la coopération Sud-Sud, réduisant la dépendance vis-à-vis des superpuissances.
Forces Goal 2030 du Bangladesh : une modernisation pragmatique
L’intérêt du Bangladesh pour le JF-17 s’inscrit pleinement dans son plan Forces Goal 2030, destiné à bâtir une force technologiquement avancée malgré des ressources limitées. Avec un budget de défense de 3,34 milliards de dollars pour 2025-2026, soit 1,9 % de son PIB, en légère augmentation (mais neutralisée par l’inflation), Dhaka cherche à retirer progressivement ses appareils obsolètes tout en diversifiant ses fournisseurs. Cette stratégie comprend l’acquisition de 20 J-10CE chinois pour 2,2 milliards de dollars, offrant des capacités de génération 4,5, ainsi qu’un projet d’achat de 10 à 16 Eurofighter Typhoon pour 1,8 à 2,0 milliards de dollars afin de maintenir une diversification occidentale. L’intérêt pour 48 JF-17 Block III, avec une première escadrille de 16 appareils pour 720 millions de dollars — traduit une approche équilibrée visant à renforcer la surveillance de l’espace aérien grâce à l’intégration radar, sans engagement excessif. Cette orientation répond aux vulnérabilités structurelles, telles qu’un âge moyen de 19 ans pour la plupart des flottes, et met l’accent sur la dissuasion dans le golfe du Bengale face aux évolutions géopolitiques.
Un dégel historique et des bénéfices mutuels
Les relations post-1971 ont été marquées par de fortes tensions, mais les changements intervenus au Bangladesh en 2024 ont ouvert la voie à une réconciliation. La reprise des échanges commerciaux, des coopérations militaires et des vols directs constitue une avancée notable. Il ne s’agit pas d’une posture agressive, mais d’un pragmatisme assumé : le Bangladesh explore simultanément les J-10 et les JF-17, démontrant l’absence de basculement vers un axe Pakistan-Chine et l’affirmation de choix souverains. L’expérience opérationnelle du Pakistan, acquise lors des affrontements de 2025 (avec un cessez-le-feu le 10 mai sous médiation américaine), offre des opportunités de formation précieuses, favorisant une croissance mutuelle et réduisant la dépendance aux grandes puissances.
Quelle réaction de l’Inde ?
La déclaration du porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères, Randhir Jaiswal, le 9 janvier, indiquant que New Delhi « surveille de près » ces discussions pour des raisons de sécurité, apparaît comme une exagération. Outre les préoccupations liées à la sécurité des minorités et aux évolutions géopolitiques, l’Inde a évoqué des tensions plus spécifiques, telles que le différend sur les eaux de la Teesta, le renouvellement du traité du Gange (expirant en 2026) ou les frictions frontalières. Les affrontements entre les forces BSF et BGB concernant la construction de clôtures, ainsi que les inondations de 2024 provoquées par des lâchers d’eau du barrage indien de Dumbur, ont également exacerbé les tensions. Toutefois, la modernisation du Bangladesh vise exclusivement des objectifs défensifs, et non offensifs. Les budgets de défense pour 2025-2026, 81 milliards de dollars pour l’Inde, contre 11 milliards pour le Pakistan et 3,34 milliards pour le Bangladesh, illustrent clairement un déséquilibre stratégique au profit de l’Inde.
Certains critiques en Inde ont simplifié ces développements en les présentant comme un tournant hostile dans la relation bilatérale. Les tensions apparues depuis 2024, notamment l’échec des accords de partage des eaux et la question migratoire, ont néanmoins poussé le gouvernement bangladais vers une stratégie de diversification. Toutefois, la diplomatie internationale, en particulier à l’approche des élections bangladaises prévues le 12 février, demeure déterminante.
Les Implications régionales : vers une paix multipolaire
Ainsi, la coopération mutuelle contribue au renforcement de la paix par des facteurs d’équilibrage. Les formations et les transferts de technologies assurés par le Pakistan renforcent la confiance et contribuent à atténuer le terrorisme et l’instabilité. Selon Al Jazeera, les escarmouches de 2025 ont surtout accru l’attractivité du JF-17 sans provoquer d’escalade. Dans un contexte marqué par la prépondérance de l’Inde, le maintien de relations de proximité favorise la paix et bénéficie à l’ensemble des acteurs. L’initiative conjointe du Bangladesh et du Pakistan marque le début d’une prise de conscience vers une Asie du Sud multipolaire, où des relations constructives peuvent dépasser les divisions historiques. Un voisinage plus autonome constitue un atout pour des pays constructifs et en développement, et contribue durablement à la stabilité régionale.















