Une nouvelle ère dans les relations entre le Pakistan et le Bangladesh

Les propos d’Ishaq Dar présentent 2025 comme un tournant ouvrant la voie à un rapprochement et à une coopération renforcée entre le Pakistan et le Bangladesh.

par Ayesha RAFIQ

Dans une évolution significative du discours diplomatique, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a récemment qualifié l’année 2025 de tournant dans les relations entre le Pakistan et le Bangladesh, la présentant comme un véritable brise-glace. Le ministre a décrit le Bangladesh comme un pays frère et a exprimé l’espoir d’une amélioration des relations bilatérales dans un avenir proche, notamment à la suite des élections à venir dans les deux pays. Cette prise de position marque une rupture avec la période plus tendue du précédent gouvernement bangladais, dirigé sous le régime autoritaire de Sheikh Hasina, dont la ligne politique à l’égard du Pakistan était nettement plus distante.

Un nouveau chapitre dans les relations bilatérales

Les déclarations de Dar témoignent de l’ouverture d’un nouveau chapitre dans les relations entre le Pakistan et le Bangladesh. En qualifiant le Bangladesh de pays frère, il a adressé un geste de bonne volonté, signalant également l’intérêt du Pakistan à s’engager activement avec le Bangladesh à l’avenir. Ce changement de ton intervient après une longue période de détachement diplomatique. La visite de Dar à Dhaka en août dernier, la première d’un ministre pakistanais des Affaires étrangères en treize ans, est largement perçue comme une initiative positive en vue de la restauration des relations bilatérales.

En 2022, les échanges commerciaux entre les deux pays s’élevaient à environ 100 millions de dollars. Ce chiffre demeure toutefois très inférieur au potentiel réel, lequel pourrait dépasser le milliard de dollars si les deux États parvenaient à exploiter pleinement leurs capacités commerciales et économiques. En appelant à un renforcement de la coopération, Dar suggère une volonté de se concentrer sur ces opportunités encore inexploitées, notamment dans des secteurs tels que l’agriculture, le textile et l’éducation, où les deux pays disposent d’atouts significatifs.

Le contexte historique et les perspectives de coopération

Bien que les événements historiques aient profondément influencé la complexité des relations entre les deux nations, les propos de Dar laissent entendre que le Pakistan et le Bangladesh peuvent dépasser les différends du passé pour construire un avenir plus coopératif. Son optimisme quant à une amélioration des relations reflète la volonté du Pakistan de développer des liens plus étroits avec ses voisins, y compris le Bangladesh. Dar a également souligné que les deux pays partagent des intérêts communs, en particulier en matière de stabilité régionale, de coopération économique et de commerce.

À titre d’exemple, le Pakistan et le Bangladesh sont tous deux membres de l’Association sud-asiatique de coopération régionale (SAARC), qui constitue un cadre propice à la coopération régionale dans des domaines tels que le changement climatique, le développement économique et la sécurité.

Dans un contexte marqué par un engagement accru après les élections, les deux pays pourraient intensifier leur coopération dans des domaines clés tels que le commerce, l’éducation et les forums régionaux. Le Bangladesh affiche l’une des croissances économiques les plus élevées d’Asie du Sud, avec un taux supérieur à 6 % au cours des dernières années, selon la Banque mondiale. Le Pakistan constitue également un acteur majeur de la région, avec un PIB estimé à environ 376 milliards de dollars en 2023. L’amélioration des relations bilatérales devrait favoriser les performances économiques des deux pays, notamment dans leurs efforts pour renforcer leur positionnement aux niveaux régional et international.

Vers une coopération renforcée

L’initiative diplomatique que le Pakistan devrait proposer au Bangladesh dans les mois à venir reposera probablement sur des actions concrètes visant à consolider les relations bilatérales. Les deux pays pourraient conclure des accords pour renforcer le commerce, développer les échanges éducatifs et approfondir la coopération régionale dans le cadre de forums multilatéraux. Un rapport de la Banque asiatique de développement (2023) indique que l’Asie du Sud devrait devenir l’une des régions à la croissance la plus rapide au monde, avec une augmentation significative attendue des flux commerciaux et d’investissements. Cette montée en interconnexion régionale représente une opportunité que le Pakistan et le Bangladesh peuvent exploiter, notamment dans les domaines des infrastructures, de l’énergie et de la connectivité numérique.

Par ailleurs, les deux nations pourraient coopérer pour faire face à des enjeux régionaux majeurs, en particulier le changement climatique. Le Bangladesh, pays extrêmement vulnérable aux effets climatiques, appelle depuis longtemps à une coopération régionale accrue sur les questions environnementales. Le Pakistan est également confronté à de graves défis climatiques, tels que la pénurie d’eau et les catastrophes naturelles. Une action conjointe pour répondre à ces problématiques pourrait favoriser une coopération renforcée en matière de résilience climatique, incluant des initiatives collectives de lutte contre les inondations, des politiques axées sur les énergies renouvelables et des programmes de prévention et de gestion des catastrophes.

La vision exposée par Ishaq Dar, et la manière dont il envisage les relations entre le Pakistan et le Bangladesh à l’horizon 2025, offrent une lueur d’espoir quant à une amélioration durable des relations bilatérales. Son insistance sur la fraternité et sur les perspectives de coopération souligne l’existence d’intérêts communs auxquels les deux pays peuvent accorder une attention renouvelée. En dépassant les défis du passé, il devient possible d’ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre le Pakistan et le Bangladesh, fondé sur le respect mutuel et la coopération, au bénéfice non seulement des deux États, mais de l’ensemble de la région. Si les deux pays saisissent pleinement les opportunités offertes par le commerce, la coopération économique et l’intégration régionale, ils pourraient inaugurer une nouvelle phase de la diplomatie sud-asiatique, contribuant ainsi à l’objectif global de paix et de prospérité régionales.

Ayesha Rafiq

Ayesha Rafiq est une éminente analyste politique, major de promotion et médaillée d’or en études sur la paix et des conflits à la National Defence University d’Islamabad.

Auteure publiée, Millennium Fellow et défenseure de l’équité sociale, elle associe la rigueur académique à l’expérience pratique pour produire des analyses percutantes sur les affaires mondiales, la politique climatique, les droits humains et les technologies émergentes.

Profondément engagée en faveur d’un progrès inclusif et d’un débat public éclairé, Ayesha utilise sa plateforme pour amplifier les voix sous-représentées et encourager des dialogues significatifs au-delà des frontières.

Cet article reflète les opinions personnelles de l’auteur et non nécessairement celles de Global Connectivities.

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