Inde-UE: l’accord de tous les accords

L’accord commercial entre l’Union européenne et l’Inde constitue une étape historique vers une intégration économique accrue.

par Sébastien GOULARD

Le 27 janvier 2026, à l’occasion de la visite de la présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen et du président du Conseil européen Antonio Costa à New Delhi en présence du Premier ministre Narredra Modi, a été signé un accord commercial entre l’Union Européenne et l’Inde. Cet accord a été qualifié « d’accord de tous les accords » par Ursula von der Leyen tant il représente un enjeu crucial pour les deux parties au niveau commercial et politique. Il s’agit d’un accord historique qui conclut près de 20 ans de négociations (ces dernières ont commencé en 2007), et qui inaugure une relation renforcée entre les deux blocs qui représentent ensemble un quart du PIB mondial. 

Des économies plus intégrées

L’objectif principal de cet accord est d’augmenter les échanges commerciaux entre l’Inde et l’Union Européenne. Aujourd’hui, les échanges en biens et services entre les deux blocs s’élèvent à 180 milliards d’euros, l’objectif étant de doubler ce montant d’ici 2032. La marge de progression est forte, puisque ces échanges ne représentent actuellement que 2,4% du total des échanges entre l’Europe et le reste du monde, beaucoup moins qu’avec les Etats-Unis (17,3%) ou avec la Chine (14,6%).

Cet accord permettra de réduire les droits de douane des produits européens en Inde de 90% ce qui devrait booster les exportations européennes notamment dans les secteurs de l’aviation mais aussi de l’agriculture. Des produits agricoles à haute valeur ajoutée comme le vin ou l’huile d’olive pourraient entrer plus facilement sur le marché indien. Les droits sur les vins européens passeraient ainsi de 150% à 20 ou 30% selon leur catégorie. A contrario, l’Union Européennes pourrait continuer à protéger certaines productions agricoles comme le bœuf, la volaille ou les produits laitiers contre de possibles importations indiennes. Comme nous avons déjà pu le constater avec l’accord entre l’Union Européenne et le Mercosur, la question des importations agricoles reste un véritable blocage pour plusieurs Etats européens, en l’évacuant, il devient plus facile de faire accepter cet accord aux les Etats européens.

Dans le secteur de l’industrie et de l’automobile plus particulièrement, ce nouvel accord commercial offre de nouvelles opportunités aux constructeurs européens qui pourraient augmenter leurs activités en Inde, alors qu’ils subissent une certaine morosité en Europe. Aujourd’hui, leur part de marché n’est que de 3% dans un secteur dominé par les constructeurs indiens ou japonais, mais le taux d’équipement des ménages en matière d’automobile est très faible (moins de 10%) et la croissance économique du pays pourrait faire augmenter la demande.

Cet accord devrait permettre aux entreprises européennes d’avoir accès au marché des services en Inde notamment au marché des transports, mais aussi à celui du secteur financier. Plusieurs banques européennes devraient ouvrir des succursales en Inde prochainement grâce à cet accord.

Une attention particulière est donnée aux petites et moyennes entreprises ; du côté indien comme du côté européen, un des objectifs de cet accord est qu’il ne bénéficie pas uniquement aux grands groupes mais aussi à des entreprises plus modestes, désireuses d’explorer de nouveaux marchés dans des conditions optimales et dans un contexte rassurant.  L’Inde et l’Union Européenne devraient ainsi renforcer leur coopération en matière de droits de la propriété intellectuelle. En 2013, les négociations sur le présent accord avaient buté sur cette question. Les parties veulent aujourd’hui rassurer les entreprises pour qu’elles puissent pleinement s’emparer de cet accord.

Un autre chapitre de cet accord concerne le développement durable et les questions sociétales, l’Inde et l’Union Européenne devraient prochainement inaugurer une plateforme commune de coopération sur l’environnement et le climat.

Si les avantages que les entreprises européennes peuvent tirer de cet accord semblent évidents, les intérêts que présentent cet accord pour l’Inde sont aussi très importants. Cet accord devrait permettre une plus forte intégration du pays dans les chaînes mondiales  d’approvisionnement et lui permettre de bénéficier ainsi de la volonté de l’Union Européenne de diversifier ses partenariats en Asie. 

Le pacte sur les mobilités Europe-Inde

En parallèle de cet accord commercial, les leaders européens et indiens ont signé un pacte sur les mobilités pour faciliter la venue d’étudiants et de travailleurs indiens en Europe.

Grâce à cet accord, le nombre d’étudiants indiens en Europe devrait connaitre une augmentation à deux chiffres chaque année. Les quotas d’étudiants indiens dans les universités européennes devraient être levés. Cette décision intervient alors que les Etats-Unis et le Royaume-Uni, les destinations qui reçoivent le plus d’étudiants indiens sont en train de restreindre les inscriptions d’étudiants indiens dans leurs universités. Il deviendra aussi plus aisé pour les étudiants indiens en Europe d’obtenir un permis de travail après leurs études. Les professionnels indiens de certains secteurs clefs pourraient aussi bénéficier plus facilement de permis de travail au sein de l’Union Européenne

D’autre part, il a été annoncé que l’Inde pourrait être pleinement associée au programme de recherche européen « Horizon Europe », ce qui permettrait aux deux parties de renforcer leur coopération en matière d’innovation.

Vers un partenariat plus complet

Le nouvel accord commercial entre l’Inde et l’Union Européenne traduit un rapprochement entre les deux puissances qui est l’une des conséquences du contexte géopolitique actuel. L’Inde et l’Union Européenne cherchent à diversifier leurs partenariats dans le concert des nations notamment par rapport à la Chine et aux Etats-Unis. New Delhi et Beijing ont développé de nouvelles relations en particulier grâce à la reprise des vols directs entre les deux pays depuis octobre 2025. Mais les relations restent tendues, et New Delhi veut réduire sa dépendance à son voisin chinois. De la même manière, Bruxelles est désireuse de s’appuyer sur d’autres partenaires commerciaux que la Chine en Asie, pour réduire son déficit commercial avec Beijing. L’Union Européenne et l’Inde sont aussi très attentives aux décisions, parfois brutales, prises par les Etats-Unis. La politique commerciale agressive menée par Washington à coup de tarifs douaniers et de protectionnisme (les Etats-Unis imposent depuis août 2025 des droits de douane de 50% sur les produits indiens), déstabilise à la fois Bruxelles et New Delhi. Il y a donc une accélération du partenariat entre l’Inde et l’Union Européenne depuis le début du second mandat de Donald Trump, mais pour le Conseil européen, l’Inde est au cœur de sa stratégie indo-pacifique depuis 2021 déjà. Ce partenariat n’est pas que commercial il s’appuie aussi sur des intérêts communs en matière de défense et de sécurité, comme en témoigne l’acquisition annoncée de 114 Rafales par l’Inde auprès de la France.

Le nouvel accord commercial entre l’Union Européenne et l’Inde va permettre un approfondissement de ce partenariat entre ces deux blocs qui visent à s’affirmer face aux autres puissances mondiales.

Sébastien Goulard

Sebastien Goulard is the Editor-in-Chief of GlobalConnectivities. He publishes articles and analyses on major infrastructure projects around the world, as well as initiatives that promote international exchange and cooperation. He has conducted extensive research on China’s Belt and Road Initiative.

Sebastien Goulard is also the founder of Cooperans, a consultancy firm that supports stakeholders engaged in international projects. He holds a PhD in the socio-economics of development from the École des Hautes Études en Sciences Sociales (School of Advanced Studies in the Social Sciences).

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