par Sébastien GOULARD
Après avoir renforcé ses relations avec la France en 2024, l’Arménie poursuit sa politique de rapprochement avec les puissances occidentales en signant un partenariat stratégique avec les Etats-Unis en janvier 2025.
Le 14 janvier 2025, pour l’une de ses dernières actions en tant que Secrétaire d’Etat, Anthony Blinken a reçu Ararat Mirzoyan, le ministre des Affaires étrangères arménien pour signer la Chartre de Partenariat Stratégique entre les Etats-Unis et l’Arménie.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, ainsi que les tensions grandissantes avec l’Azerbaïdjan, ont poussé Erevan à faire évoluer sa diplomatie et à se rapprocher des Etats occidentaux.
Le partenariat stratégique Arménie-Etats-Unis
Ce nouveau partenariat a pour ambition de renforcer les relations entre les deux pays et couvre différents domaines.
Il concerne tout d’abord la sécurité et la défense. L’Arménie a besoin de partenaires étrangers pour que ses frontières ne soient pas remises en cause par son voisin l’Azerbaïdjan, dont le Président Ilham Aliyev a adopté une posture de plus en plus agressive envers Erevan. Ce partenariat convient aussi de la poursuite d’exercices militaires conjoints entre les armées américaines et arméniennes, qui ont déjà été menés depuis 2023. L’armée arménienne est principalement équipée de matériels russes et même soviétiques, elle cherche aujourd’hui à diversifier ses sources auprès de la France, mais aussi potentiellement des Etats-Unis.
Ce partenariat a aussi pour objectif de renforcer la démocratie et l’état de droit en Arménie. Comme son voisin la Géorgie, l’Arménie pourrait être victime de manipulations russes pour éloigner le pays de ses partenaires occidentaux. La Russie conserve une influence certaine en Arménie, elle est encore le premier partenaire commercial d’Erevan, et ne manquera de déstabiliser le pays, si celui-ci poursuivait son émancipation. Erevan a donc besoin d’affirmer sa société civile en développant de nouvelles relations avec les Etats-Unis et l’Europe.
Cela passe notamment par de nouveaux échanges universitaires entre les institutions arméniennes et américaines.
Ce partenariat devrait aussi se traduire par un développement des échanges économiques entre les deux pays. Aujourd’hui, ces échanges sont très limités et l’Arménie cherche à attirer de nouveaux investisseurs, autres que russes, dans son économie. Elle a notamment pour objectif de moderniser ses infrastructures, pour être moins dépendant de ses voisins, et de développer son secteur des énergies, notamment les énergies vertes et le nucléaire. L’Arménie abrite une centrale nucléaire, et souhaiterait construire de nouveaux réacteurs, et à pour ce faire contacter les Etats-Unis pour un transfert de technologie nucléaire civile. Si ce projet voyait le jour, il signifierait une perte d’influence certaine de la Russie dans le Sud Caucase. D’autre part, en raison de la guerre en Ukraine, de nouveaux projets de connectivité voient le jour entre l’Europe et l’Asie dans la région du Sud-Caucase pour éviter le territoire Russe. Si la Géorgie et l’Azerbaïdjan semblent les mieux placés dans ces nouveaux projets, l’Arménie veut aussi bénéficier de cette transformation et a donc besoin de nouveaux investissements dans ses infrastructures de transport. Le nouveau partenariat stratégique conclu entre Erevan et Washington envisage de nouvelles coopérations dans ce domaine.
Enfin, le gouvernement arménien compte sur ce partenariat pour permettre une plus grande intégration du pays dans l’économie mondiale. L’Arménie est depuis 2014 membre de l’Union Economique Eurasiatique, un marché unique construit autour de la Russie. Si Erevan ne compte pas encore quitter cette organisation, comme l’a annoncé début janvier le Ministre de l’économie Gevorg Papoyan, le gouvernement actuel a confirmé son intention de poursuivre les réformes pour éventuellement rejoindre l’Union Européenne. Le partenariat avec les Etats-Unis, grâce à un soutien américain pour ouvrir l’économie arménienne, devrait par ricochet favoriser un rapprochement avec l’Union Européenne.
La poursuite du partenariat sous la Présidence de Donald Trump ?
La signature de cette charte de partenariat est intervenue moins d’une semaine seulement avant l’investiture de la seconde présidence de Donald Trump, le 20 janvier 2025. On peut s’interroger sur la politique que suivra le nouveau Président américain concernant l’Arménie.
En 2019, le Président américain contestait le terme de « génocide » pour qualifier les massacres de la minorité arménien par l’Empire Ottoman en 2015, et rejetait ainsi le vote du Congrès. Durant son premier mandat, Donald Trump n’était pas particulièrement impliqué dans la région du Caucase du Sud, et certains s’inquiètent que les positions américaines envers Israël et l’Iran pourraient affaiblir la diplomatie arménienne. Ainsi, l’Azerbaïdjan est un partenaire majeur de Jérusalem, et Erevan entretient de bonnes relations avec Téhéran.
Cependant, comme le note Garo Paylan, le Président américain pourrait pousser l’Arménie et l’Azerbaïdjan à négocier et à mettre fin rapidement à leurs différends. En novembre 2024, Donald Trump s’était inquiété de la situation en Artsakh (Haut Karabakh), il pourrait poursuivre la politique entamée par son prédécesseur et chercher une résolution à ces tensions. Deux jours seulement après sa nomination, le nouveau Secrétaire d’Etat américain Marco Rubio s’entretenait avec son homologue turc Hakan Fidan sur la situation au Sud Caucase. En tant que sénateur, Marco Rubio était très attentif à la protection des Arméniens du Haut Karabakh et s’est montré critique du régime de Bakou, il devrait donc agir pour la poursuite de de la charte de partenariat stratégique entre les Etats-Unis et l’Arménie.
Auteur: Sébastien Goulard est le fondateur et rédacteur de Global Connectivities.