Bientôt un nouvel Etat-membre de l’UE

Le Monténégro pourrait devenir le prochain État membre de l’UE, illustrant la volonté de l’Europe de renforcer la stabilité dans les Balkans.

par Sébastien GOULARD

Le 22 avril dernier, les 27 Etats-membres de l’Union Européenne ont donné leur feu vert pour que le Monténégro rejoigne l’union. Si tout se passe comme prévu, le Monténégro devrait donc devenir le prochain membre de l’UE à l’horizon 2028.

Un processus long

Pour obtenir ce résultat, le Monténégro a mené un long parcours de réformes.  Ce petit pays des Balkans occidentaux (13 821 km² et 625 000 habitants), indépendant depuis 2006 avait officiellement déposé sa candidature en 2008 et son statut de candidat avait été approuvé par les institutions européenne en 2010. La même année, l’accord de stabilisation et d’association ente le Montenegro et l’Union Européenne entre en vigueur. Bruxelles apporte alors expertise et financements à la république des Balkans occidentaux pour accélérer son intégration au sein de l’Union.

Le Montenegro a dû par la suite mettre en œuvre la législation et les normes appliquées par l’Union Européenne, ce qu’on appelle les « acquis européens. »

En mars 2026, le Monténégro clôturait le chapitre 21 (sur les entreprises transeuropéennes) de ses négociations avec l’Union Européenne. Au total, 14 chapitres ont été clôturés et 19 autres, aujourd’hui en révision, devraient être finalisés pour la fin de l’année afin de confirmer l’adhésion du Monténégro à l’Union Européenne en 2028. Les potentiels points de blocage concernent notamment la réforme du système judiciaire (les chapitres 23 (appareil judiciaire et droits fondamentaux) et 24 (justice, liberté et sécurité). La validation de ces chapitres est toutefois possible si le gouvernement monténégrin montre une forte volonté politique de poursuivre les réformes dans ce domaine. Le premier ministre Milojko Spajić semble confiant dans la capacité de son pays à mener ce chantier dans les temps.

Aujourd’hui, le Monténégro est une économie ouverte sur le monde, forte d’un secteur touristique fleurissant qui représente près d’un quart de son PIB. Le pays devra réussir à se diversifier et à rendre plus compétitif son secteur agricole.

L’Euro au Montenegro

Avec l’adhésion du Monténégro à l’Union Européenne, se posera la question de l’Euro. Aujourd’hui, le Monténégro est le seul pays avec le Kosovo à avoir adopter de façon unilatérale l’Euro comme monnaie officielle, sans respecter les critères de convergences de la Banque Centrale Européenne. Cependant le Montenegro n’est pas membre de l’Eurozone, et de ce fait et ne peut émettre ni pièces ni billets. Le choix de l’Euro a permis à cette jeune nation de lui apporter une stabilité économique. Podgorica refuse d’adopter une monnaie transitoire. L’Union Européenne et le Montenegro devront définir un mécanisme permettant une continuité de l’usage de l’Euro dans le pays.

D’autres candidate à l’adhésion

D’autres pays pourraient également rejoindre rapidement l’Union Européenne, notamment dans les Balkans occidentaux : c’est le cas de l’Albanie. Parmi les autres candidats, se trouvent la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, le Kosovo, la Macédoine du Nord, la Moldavie, la Serbie, la Turquie et bien sûr l’Ukraine. D’autre part, l’Islande organisera cet été un référendum sur une possible adhésion à l’Union Européenne. Il n’est pas certain que tous rejoignent l’Union Européenne dans les prochaines années, cela dépendra à la fois des progrès qu’ils réaliseront, mais aussi de la volonté politique des membres actuels. La présidente de la Moldavie, Maia Sandu, n’est pas opposée à ce que son pays fusionne avec la Roumanie pour accélérer son adhésion à l’Union Européenne, cependant, aujourd’hui, la société moldave semble rejeter cette idée.

Rejoindre l’UE reste un objectif majeur pour de nombreux pays européens, ce désir semble encore plus fort dans la période d’instabilité actuelle.

Un enjeu de sécurité

Pour les membres actuels, il y a un enjeu de sécurité à admettre relativement rapidement les Etats candidats à l’Union Européenne. En effet, face l’influence de puissances tiers comme la Russie ou la Chine, et leurs tentatives de déstabilisation, l’Union Européenne doit offrir des perspectives de prospérité aux Etats voisins susceptibles de rejoindre l’Union, faute de quoi, se développerait à ses frontières des Etats faillis ou sous influence qui menaceraient directement le développement de l’Europe.

C’est justement le cas du Montenegro. En rejoignant l’initiative chinoise « Belt and Road » en 2014, ce petit pays des Balkans a augmenté substantiellement sa dépendance à la Chine. En effet, le Montenegro qui souffrait d’un déficit d’infrastructures routières, a accepté alors un prêt de près d’un milliard de dollars de la part de la Banque d’exportation et d’importation de Chine pour la construction, par une entreprise chinoise, d’une autoroute de 42 kilomètres ente la capitale Podgorica et la ville de Bar sur la côte adriatique. Le projet n’avait pas été considéré comme économiquement viable par les institutions européennes qui refusaient de la financer, c’est pourquoi le gouvernement monténégrin s’était tourné vers la Chine. Mais, le projet prend du retard, et d’autre part la petite économie monténégrine ne peut rembourser son prêt. En cas de défaut de paiement, le pays aurait pu céder une partie de son territoire à ses créanciers chinois. Un arrangement non acceptable pour l’Union Européenne et les Etats-Unis, le Montenegro parvient alors à trouver des financements auprès de banques américaines et françaises. En rejoignant l’Union Européenne, le Monténégro sera moins exposé aux menaces extérieures.

Le Monténégro devrait adhérer à l’Union Européenne en 2028, il devrait être suivi par d’autres états à l’économie encore fragile dans les prochaines années. L’enjeu pour les institutions européennes sera d’intégrer ces nouveaux membres tout en adoptant de nouveaux mécanismes de gouvernance plus efficaces.  

Sébastien Goulard

Sebastien Goulard is the Editor-in-Chief of GlobalConnectivities. He publishes articles and analyses on major infrastructure projects around the world, as well as initiatives that promote international exchange and cooperation. He has conducted extensive research on China’s Belt and Road Initiative.

Sebastien Goulard is also the founder of Cooperans, a consultancy firm that supports stakeholders engaged in international projects. He holds a PhD in the socio-economics of development from the École des Hautes Études en Sciences Sociales (School of Advanced Studies in the Social Sciences).

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