par Fareena HABIB
Le 22 janvier 2026 (Davos, Suisse), le président Trump a officiellement inauguré le « Conseil de la paix » (Board of Peace). Il a invité environ 60 pays, dont la Chine, la France et la Russie, à rejoindre cette instance. La Chine a toutefois choisi de ne pas y participer. Elle a expliqué qu’elle continuerait à s’en tenir fermement à un système international centré sur l’ONU. Elle a également insisté sur la nécessité, pour les pays du Sud global, de défendre les plateformes multilatérales existantes. L’accord de paix en 20 points, reconnu par le Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU), prévoit notamment la promotion des missions internationales de maintien de la paix.
L’approche unilatérale du président Trump : un obstacle au Conseil de la Paix
Dans un contexte marqué par la méfiance, comment le plan de paix du président Trump pourrait-il fonctionner ? Sans la participation des pays du Sud global, le Conseil de la Paix a peu de chances de bénéficier d’un soutien suffisant. Pour devenir un véritable organe mondial, il doit rallier une majorité d’États.
Le principal problème de ce Conseil de la Paix réside dans l’approche unilatérale des États-Unis. Présenté initialement comme un mécanisme destiné à faciliter la mise en œuvre d’un cessez-le-feu et la reconstruction à Gaza, il est désormais décrit comme une structure centralisant pouvoir et autorité entre les mains d’une seule personne : le président Trump lui-même. Selon le projet de charte, il en serait le président à vie, doté de pouvoirs étendus, tels qu’un droit de veto et le contrôle de l’ordre du jour.
Par ailleurs, les pays invités à rejoindre l’instance ne se verraient proposer qu’un mandat de trois ans, à moins d’obtenir un statut permanent moyennant une contribution d’un milliard de dollars. Ce dispositif soulève des interrogations quant à l’équité et à la transparence du projet. Ce qui avait débuté comme un organe approuvé par l’ONU et centré sur une problématique régionale limitée s’est transformé en un club ambitieux de consolidation de la paix, que certains perçoivent comme destiné à concurrencer, voire marginaliser, des institutions multilatérales établies telles que l’Organisation des Nations unies. Cette évolution reflète la préférence de Donald Trump pour une architecture descendante (« top-down ») dans laquelle il fixe les termes et les contours de l’engagement international.
La position de la Chine sous le feu des critiques
Certains critiques estiment que le système international aurait favorisé l’émergence d’un nouvel ordre mondial bénéficiant à la montée en puissance de la Chine. Ces analyses manquent toutefois de fondement factuel. La Chine plaide pour un système réformé et a constamment soutenu un multilatéralisme authentique. Quelle que soit l’évolution du contexte international, elle affirme demeurer résolument attachée à la défense d’un système international ayant l’ONU en son centre.
La réponse à la question de savoir pourquoi la Chine n’a pas soutenu le plan de paix du président Trump, privilégiant une approche centrée sur l’ONU, réside dans son analyse même de ce projet. Un nouvel ordre mondial fondé sur le Conseil de la Paix semble peu probable sans la participation de Beijing. Par ailleurs, d’autres pays, tels que l’Inde, la Russie, la Norvège et la Suède, n’y ont pas non plus pris part.
Affaiblissement des institutions internationales et appel à des réformes
Après la Seconde Guerre mondiale, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité se sont vu attribuer un droit de veto au sein des Nations unies, en raison du rôle majeur qu’ils avaient joué à l’issue du conflit. Toutefois, ce mécanisme pose problème : une résolution examinée par l’ONU peut être bloquée par le veto d’un seul des membres permanents (P5), empêchant ainsi l’organisation d’agir.
L’émergence du Conseil de la Paix pourrait, elle aussi, contribuer à l’affaiblissement de l’ONU. Une nouvelle approche est nécessaire, fondée sur le droit international, concernant l’application des résolutions du Conseil. De nombreux États membres appellent également à une réforme du droit de veto. La Chine insiste sur la nécessité de maintenir l’ONU au cœur du système international et de défendre tout en réformant l’ordre existant. Les réformes devraient garantir que la souveraineté et les frontières de chaque État membre ne puissent être compromises par l’usage du veto des membres permanents.
Conclusion
La décision de la Chine de ne pas participer au Board of Peace du président Trump reflète une tension plus large entre des structures de pouvoir unilatérales et les cadres multilatéraux établis. La conception du Conseil, fondée sur une présidence à vie, des barrières financières à l’adhésion et un processus décisionnel vertical, contraste fortement avec les principes d’équité et de gouvernance collective qui sous-tendent le système des Nations unies.
Sans le soutien de puissances majeures telles que la Chine, la Russie et la Suède, le Conseil de la Paix se heurte à un sérieux déficit de légitimité et a peu de chances d’atteindre ses ambitions mondiales affichées. Plutôt que de créer des institutions parallèles susceptibles de fragmenter l’ordre international, la voie à suivre consisterait à réformer les plateformes multilatérales existantes afin de répondre aux défis contemporains tout en préservant la souveraineté et la voix de toutes les nations. L’attachement de la Chine à un multilatéralisme centré sur l’ONU, malgré les imperfections de l’organisation, souligne l’importance durable d’une coopération internationale inclusive et fondée sur des règles dans un environnement mondial de plus en plus complexe.











