Les minerais critiques au cœur de la politique étrangère des Etats-Unis

Les États-Unis font des minerais critiques un pilier de leur politique étrangère afin de sécuriser les chaînes d’approvisionnement.

par Sébastien GOULARD

Le 4 février, s’est tenu à Washington le premier évènement ministériel dédié aux minerais critiques. Une cinquantaine de délégations étrangères ont participé à cette conférence voulue par le président Donald Trump pour répondre à la politique de contrôle des exportations de terres rares initiée par la Chine et confirmée en octobre 2025.

L’évènement ministériel dédié aux minerais critiques

Organisé par le Secrétaire d’Etat Marco Rubio, et en présence du vice-président J.D. Vance, ce premier évènement a réuni autour des Etats-Unis des pays qui se préoccupent au sujet de leur accès aux terres rares et désirent sécuriser leur approvisionnement, notamment face au contrôle accru de la Chine, premier producteur de terres rares sur ses exportations de minerais.

L’une des conséquences de cette rencontre est la future mise en place d’un mécanisme qui réunirait les Etats-Unis, l’Union Européenne, le Japon pour définir des prix-planchers qui régulerait le commerce en matière de minerais stratégiques et coordonner de façon optimale leurs politiques commerciales auprès des pays producteurs. Il s’agit ainsi d’encourager les investissements dans l’extraction minière au sein de cette triade mais aussi dans les pays les plus ouverts aux investissements étrangers. L’objectif partagé à Washington, Bruxelles et Tokyo est que le commerce de minerais stratégiques ne soient pas dans les seules mains de la Chine qui pourrait étrangler l’innovation en restreignant ses exportations de terres rares.       

Lors de cet évènement, les Etats-Unis ont aussi conclu des accords similaires avec le Mexique. Mexico et Washington ont identifié des enjeux communs en matière de sécurisation de l’accès aux minerais stratégiques, et devraient coordonner leurs politiques commerciales et leur règlementation dans le domaine de l’extraction.

D’autres accords ont été signés avec l’Argentine, les îles Cook, les Emirats arabes unis , l’Equateur, la Guinée, le Maroc, l’Ouzbékistan, le Paraguay, le Pérou, les Philippines, le Royaume-Uni, pour assurer l’accès des entreprises américaines aux ressources stratégiques.

Il est intéressant de noter que des pays pourtant proches de la Chine, tels que le Pakistan, étaient présents à cet évènement et voient dans la politique minière des Etats-Unis une occasion de rééquilibrer leurs rapports avec la Chine.

Le projet « Vault »

Plus tôt dans la semaine, le Président Trump avait dévoilé le projet « Vault » qui vise à sécuriser la chaine d’approvisionnement de minerais critiques (terres rares et autres minerais jugés stratégiques). Ce fonds public-privé d’un montant de 12 milliards de dollars (10 milliards de prêts accordés par EXIMBANK et 2 milliards provenant du secteur privé) permettra aux acteurs des industries stratégiques d’avoir accès aux minerais nécessaires à leurs activités, et pourront ainsi se soustraire à un éventuel contrôle de la Chine. Grâce à ce fonds, des minerais stratégiques pourront être stockés aux Etats-Unis ou dans des pays partenaires pour ne pas être soumis aux éventuelles restrictions appliquées par la Chine. Cela vise à assurer aux industriels du secteur automobiles, de l’électronique, de l’intelligence artificielle ou encore de l’aéronautique comme Boeing, la stabilité et la sécurité de leur chaine d’approvisionnement. 

Des participations dans le secteur minier

La confrontation avec la Chine et le développement de l’intelligence artificielle poussent les autorités américaines à agir plus directement dans la sécurisation de l’approvisionnement en terres rares, en prenant des participations dans des start-ups et des entreprises clefs du secteur telles que le canadien Lithium Americas. Cette politique ambitieuse devrait permettre aux Etats-Unis de rattraper leur retard sur Beijing. On devrait s’attendre dans les prochains mois à de nouvelles acquisitions par des organismes ou entreprises américaines dans le secteur minier aux Etats-Unis mais aussi dans d’autres Etats, et plus particulièrement en Afrique. Il a ainsi été annoncé récemment la participation d’intérêts américains dans les mines de cuivre opérées par le groupe Glencore en République Démocratique du Congo. Ces activités dans le secteur minier pourraient conduire les Etats-Unis à accroitre leur pression sur certains pays africains, ce qui pourrait créer de nouvelles tensions avec la Chine, mais aussi avec l’Inde, la Russie ou la Turquie, des pays eux aussi très actifs dans le secteur minier en Afrique. L’African Growth and Opportunity Act, lancé par Washington en 2000, pour soutenir les économies africaines et leur permettre un accès plus large au marché américain, devait prendre fin en septembre 2025 sur la décision de la nouvelle administration Trump, il a finalement été réautorisé par le Sénat américain pour une durée d’un ann dans une tentative de séduction auprès des capitales africaines.

Cet intérêt renforcé pour les minerais stratégiques pourrait être une opportunité pour certains Etats africains de développer de nouveaux partenariats…ou de subir de nouvelles tensions alimentées par la compétition entre des puissances étrangères.

La Pax Silica

Ce sommet du 4 février s’inscrit dans la suite de l’initiative « Pax Silica » dévoilée par Washington en décembre 2025 pour renforcer les chaines d’approvisionnement en ressources nécessaires aux nouvelles technologies y compris les semi-conducteurs. Une dizaine de pays ont rejoint l’initiative pour mener ensemble des investissements dans l’énergie, la logistique ou les data centers.

La sécurisation des ressources stratégiques devient un axe structurant de la politique étrangère américaine, et est partagée par d’autres puissances qui redoutent de voir l’accès aux terres rares limité et ainsi possiblement réduire leur potentiel d’innovation. La politique menée par les Etats-Unis si elle permet un accès libre aux ressources stratégiques pourrait séduire de nombreux pays, producteurs comme investisseurs.

Sébastien Goulard

Sebastien Goulard is the Editor-in-Chief of GlobalConnectivities. He publishes articles and analyses on major infrastructure projects around the world, as well as initiatives that promote international exchange and cooperation. He has conducted extensive research on China’s Belt and Road Initiative.

Sebastien Goulard is also the founder of Cooperans, a consultancy firm that supports stakeholders engaged in international projects. He holds a PhD in the socio-economics of development from the École des Hautes Études en Sciences Sociales (School of Advanced Studies in the Social Sciences).

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