par Sébastien GOULARD
Début décembre 2025, le président français Emmanuel Macron, s’est rendu en Chine pour sa quatrième visite officielle, durant laquelle il a rencontré son homologue le président Xi Jinping. Au-delà de l’opération de communication avec la mobilisation du champion de ping-pong Félix Lebrun à Chengdu, cette visite d’Etat avait deux objectifs ; le premier, de nature géopolitique, consistait à rappeler à Beijing la réalité du conflit ukrainien et d’inciter la Chine à peser de tout son poids sur Moscou pour que la Russie adopte une approche plus constructive concernant la guerre en Ukraine. L’autre dossier important concernait les échanges commerciaux entre la Chine et l’Union Européenne, et notamment le déficit commercial de la France et de ses partenaires européens envers la Chine. Sur ces deux dossiers, les avancées ont été très limitées et la visite du président français a été considérée comme un échec par certains observateurs. Cependant, malgré cela, les deux parties ont intérêt à poursuive ce dialogue dans un monde toujours plus instable.
La France et le soutien chinois à l’économie russe
La France comme les autres Etats européens est préoccupée par la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. L’Union Européenne a lancé plusieurs sanctions contre les entreprises qui continuent d’échanger avec la Russie, et s’inquiète du soutien apporté par certains pays comme l’Inde ou la Chine à la Russie qui poursuivent leurs échanges commerciaux et notamment l’achat de pétrole auprès de Moscou. Depuis le début du conflit russo-ukrainien, l’Union Européenne encourage la Chine à pousser la Russie, dans le cadre de leur amitié « sans limites », à négocier avec l’Ukraine, jusqu’alors sans réel résultat.
D’une part, la crise en Ukraine et la fermeture des marchés européens à la Russie, a renforcé la dépendance de Moscou à Beijing. Les exportations chinoises vers la Russie ont augmenté de 70% entre 2021 et 2024. Mais, en 2025, pour la première fois le volume des échanges a diminué entre les deux puissances. La Chine continue d’importer des hydrocarbures de Russie malgré les sanctions internationales et de ce fait contribue à l’effort de guerre russe. Depuis le début de la guerre en Ukraine, jusqu’en novembre 2025, près de 47% du total des exportations de pétrole russe non raffiné avait pour destination la Chine. Si depuis l’automne 2025, les grands pétroliers chinois se sont engagés à réduire leurs importations de pétrole russe, pour ne pas être exposés aux sanctions américaines et européennes, ce n’est pas le cas des raffineries de moindre, importance qui continuent leurs échanges avec la Russie. De plus, les récents évènements au Vénézuéla pourrait également contraindre la Chine à augmenter ses importations de pétrole russe si elle n’avait plus accès aux ressources vénézuéliennes.
Le président Xi Jinping a déclaré que la Chine soutenait les efforts de paix mais qu’elle s’opposait à toute accusation diffamatoire. Si Beijing refuse d’être plus impliqué dans les efforts menés par la communauté internationale pour contraindre la Russie à négocier, c’est que peut-être, au-delà de ses intérêts commerciaux, la Chine n’a pas les moyens de faire entendre raison à la Russie. On peut se demander si le Président chinois peut réellement convaincre son homologue russe de modifier ses positions, tant Poutine semble embourbé dans cette guerre et que tout retrait pourrait être considéré comme un aveu de faiblesse. Du côté ukrainien, il semblerait qu’on n’est plus d’espoir que Beijing puisse réellement influencer Moscou, et on soupçonne la Chine d’apporter son soutien aux services de renseignement russes notamment après que des satellites chinois ont survolé des zones disputées en octobre dernier.
Sur la question de la sécurité, l’Europe et la Chine présentent des positions très divergentes sur le dossier ukrainien.
Les tensions commerciales entre l’Europe et la Chine
L’autre sujet brûlant évoqué par le président Macron était le déséquilibre commercial entre la Chine et l’Europe et les tensions persistantes entre les deux blocs. En 2024, le déficit commercial européen vis-à-vis de la Chine a dépassé les 300 milliards d’euros, ce qui pousse les Européens à revoir leurs relations avec la Chine, dans un contexte de recherche d’autonomie stratégique, un concept défendu par le président Macron.
Depuis l’adoption d’une surtaxe sur les voitures électriques chinoises par l’Union Européenne à l’automne 2024, les relations entre Beijing et Bruxelles se sont fortement détériorées, et la décision prise par la Chine de restreindre ses exportations de terres rares, témoigne de l’asymétrie entre l’Europe et la Chine. Si, auparavant, les Européens espéraient augmenter leurs investissements en Chine, l’une de leurs priorités aujourd’hui est d’attirer les entreprises chinoises sur les marchés -concurrentiels- des différents pays européens.
Le développement des activités de plateformes comme Temu et Shein sur le marché européen est un autre sujet qui envenime les relations sino-européennes er que les Etats européens tentent maîtriser, notamment avec la mise en place d’une taxe sur les petits colis, car les électeurs se sont emparés de cette thématique.
Une dynamique à soutenir
La visite du président Macron en Chine n’a pas donné lieu à des annonces majeures en termes d’investissement ou de coopération, -au-delà de l’accueil de nouveaux pandas-. Cependant ce demi-échec ne signifie pas que les relations sino-françaises soient au point mort ni que ces visites soient inutiles. Au contraire, il est crucial que, face aux protectionnismes, les rencontres au plus haut niveau entre les dirigeants français, européens et chinois se poursuivent, et même s’intensifient.
Cependant il est fini le temps où les dirigeants européens venaient en Chine faire la morale sur certains sujets. La France, seule, est en position de faiblesse, mais avec ses voisins européens, les relations sont plus équilibrées. L’enjeu du côté européen est donc de parler d’une seule voix, une voix qui prenne en compte toutes les nuances, du Portugal à l’Estonie.
Le discours qu’a tenu le chef de l’Etat devant les ambassadeurs le 8 janvier dernier résume bien la position de la France. Emmanuel Macron n’a pas hésité à décrire la Chine comme une puissance agressive en matière commerciale, qui représenterait une menace pour les économies européennes. Mais dans le même temps, il appelé à ce que le G7, dont la présidence sera assurée par la France en 2026, ne devienne pas un « club anti-Chine ». La France s’inquiète d’une possible fragmentation du monde. L’objectif de la France et de l’Europe n’est pas d’arrêter les échanges avec la Chine et les autres puissances mais d’en être moins dépendantes.
















