Quelles perspectives pour le Conseil de la Paix ?

Le Conseil de la Paix lancé par Donald Trump se présente comme une alternative aux Nations unies, centrée sur les intérêts américains, suscitant des réactions internationales contrastées.

par Sébastien GOULARD

Le 22 janvier 2026, en parallèle du Forum économique de Davos, a été signée la charte du Conseil de la Paix, une nouvelle organisation internationale voulue par le président américain et qui selon ce dernier pourrait « remplacer les Nations Unies ».

Les origines du projet

Le Conseil de la Paix mis en avant par Donald Trump a pour origine le plan de paix annoncé par le président américain en février 2025. La résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies n°2802, adoptée en novembre 2025, valide la création d’un Conseil de la Paix pour la reconstruction de la bande de Gaza. La stabilité du Moyen-Orient devient l’objectif premier de ce conseil, qui ne repose sur aucun traité et qui ne fait pas partie du système onusien. Mais selon Donald Trump, le champ d’action de ce nouvel outil ne se limite pas au Moyen-Orient. Il est encore difficile de comprendre la portée de ce nouveau Conseil de la Paix.

Un désengagement américain

Le lancement de cette nouvelle initiative coïncide avec un retrait des Etats-Unis de plusieurs agences onusiennes. Ainsi, le 6 janvier 2026, Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de 66 agences dont l’Organisation Mondiale de la Santé, du comité d’experts scientifiques de l’ONU sur le climat (GIEC) ou encore de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables après avoir déjà annoncé le départ de l’UNESCO en juillet 2025. Ce retrait est justifié par le fait que ces agences ne servaient pas les intérêts américains. Ce qui veut dire que le nouveau Conseil de la Paix dévoilé par Donald Trump aura pour priorité la promotion des intérêts des Etats-Unis dans le monde, ce qui marque une rupture avec le système de coopération internationale actuel. 

La réponse de la communauté internationale

Le président américain a à ce jour invité une soixantaine d’Etats à rejoindre son Conseil de la Paix, et l’accueil réservé à cette initiative est pour le moins mitigé.

Tout d’abord, parmi les Etats qui ont accepté l’invitation américaine, on retrouve des puissances moyennes qui ont besoin d’une légitimité internationale, et qui voient dans le Conseil de la Paix une opportunité d’asseoir leur puissance, c’est le cas du Vietnam, de l’Indonésie ou encore du Pakistan ou du Kazakhstan. On retrouve aussi des Etats qui sont directement concernés par le projet de reconstruction de Gaza (qui reste le premier objectif de ce Conseil de la Paix). Ainsi, l’Egypte, la Turquie, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite, la Jordanie, Bahreïn ou le Qatar ont accepté de rejoindre le Conseil de la Paix. Ils ne peuvent se permettre de ne pas s’exprimer sur une reconstruction du Moyen-Orient. Israël a aussi accepté l’offre même si le gouvernement de Netanyahou semble réticent à ce que des pays étrangers soient impliqués sur les questions de sécurité concernant en premier lieu Israël.  

Parmi les Etats européens et les autres alliés traditionnels des Etats-Unis, les réponses sont plus mesurées. La France a été la première à refuser cette invitation, de même que l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne, la Norvège ou la Slovénie. L’Italie, dont la présidence du Conseil Giorgia Meloni est pourtant proche du président Trump s’abrite derrière une question de constitutionnalité pour décliner l’offre. Parmi les membres de l’Union Européenne, seules la Hongrie d’Orbán et la Bulgarie ont accepté de rejoindre le Conseil de la Paix. Le Canada qui avait accepté l’offre s’il n’avait pas à payer de « cotisation de membre » a vu son invitation retirée par Donald Trump. En Asie, le Japon et la Corée du Sud restent dubitatifs concernant ce nouvel organisme, et ont décidé de se donner du temps pour décider de rejoindre ou non le Conseil de la Paix.

Les grandes puissances, membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, autres que les Etats-Unis voient dans ce nouvel outil une initiative qui viendrait potentiellement court-circuiter leur puissance à l’international. La Chine a refusé l’invitation de Donald Trump, quant à la Russie, elle pourrait voir dans cette initiative un moyen de réaffirmer son rang, et de gagner en respectabilité suite aux sanctions internationales appliquées à son encontre avec la guerre en Ukraine. Mais Vladimir Poutine n’a pas encore officiellement donné son accord. Les Etats qui choisissent aujourd’hui de rejoindre le Conseil de la Paix initié par Donald Trump semblent avoir pour premier souci le renforcement de leurs relations avec les Etats-Unis, plus encore qu’une coopération internationale.       

Un règlement encore flou et déséquilibré

Si le Conseil de sécurité des Nations Unies est régulièrement critiqué en raison de la présence de membres permanents, à savoir les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni, qui disposent chacun d’un droit de veto, le Conseil de la Paix inauguré par Donald Trump paraît encore plus déséquilibré. C’est avant tout le pouvoir que détient directement Donald Trump dans cette organisation qui interroge. Alors que ce sont bien des Etats qui sont invités à rejoindre le Conseil, celui-ci n’est pas présidé par les Etats-Unis mais directement par Donald Trump. C’est l’actuel président des Etats-Unis qui décide des invitations à rejoindre le Conseil et qui désignera son successeur. Son mandat n’a pas de limite de temps, et est indépendant du mandat de président des Etats-Unis. Il s’agit donc d’une personnification très forte du président du Conseil de la Paix. Un seul homme impulse la direction à adopter par cette organisation. Pour devenir membre permanent de l’organisation, chaque pays doit payer une cotisation d’un milliard de dollars qui sera déposé sur un fonds géré directement par Donald Trump. L’adhésion des Etats qui ne paient pas cette cotisation sera renouvelée tous les trois ans. Mais techniquement rien n’empêche Donald Trump d’assener un « You’re fired » à n’importe quel Etat.

Le principe d’ « un Etat, une voix » est abandonné au profit d’un leadership américain, ou plutôt de Donald Trump qui décide de l’agenda de l’organisation. Des proches de Donald Trump jouent aussi un rôle important dans ce nouveau conseil, ainsi Jared Kushner, gendre de Donald Trump, siégerait au bureau exécutif de ce Conseil pour la Paix. Il serait accompagné du président de la Banque mondiale, mais aussi de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair. A ce bureau exécutif, nous trouverions aussi Marc Rowan, PDG d’Apollo Global Management, un fonds de capital-investissement américain. Des entreprises pourraient ainsi avoir plus de poids dans les affaires du monde que des Etats souverains. Avec le Conseil pour la Paix, on assiste à un mélange des genres qui menacerait les relations internationales. Si le système onusien présente de nombreuses faiblesses, l’initiative portée par Trump n’est pas exempte de défauts.

Sébastien Goulard

Sebastien Goulard is the Editor-in-Chief of GlobalConnectivities. He publishes articles and analyses on major infrastructure projects around the world, as well as initiatives that promote international exchange and cooperation. He has conducted extensive research on China’s Belt and Road Initiative.

Sebastien Goulard is also the founder of Cooperans, a consultancy firm that supports stakeholders engaged in international projects. He holds a PhD in the socio-economics of development from the École des Hautes Études en Sciences Sociales (School of Advanced Studies in the Social Sciences).

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