La route Trump pour la paix et la prospérité internationales

Les Etats-Unis pourraient ramener la stabilité dans la région du Sud-Caucase grâce à la création d’une nouvelle route.

par Sébastien Goulard

La fin des tensions entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie

Avant que ne se déroule le sommet d’Anchorage entre les Présidents américain et russe au sujet de l’Ukraine, Donald Trump recevait le 7 août à Washington le Président azerbaïdjanais Ilham Aliyev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian pour signer un accord de paix entre les deux Etats du Caucase. L’Arménie et l’Azerbaïdjan connaissaient jusqu’alors des relations très difficiles ; les tensions avaient culminé en septembre 2023 avec l’invasion rapide de l’Etat non reconnu du Haut Karabagh par les troupes azerbaïdjanaises. La population arménienne de cette région revendiquée par Bakou, environ 150 000 personnes, avaient dû fuir vers l’Arménie.

La prise de contrôle du Haut-Karabagh par Bakou n’avait pas mis fin aux revendications des deux pays. L’Azerbaïdjan cherchait aussi à sécuriser l’accès à sa province de Nakhitchevan, exclave entre la Turquie et l’Arménie, et séparée du reste du territoire azerbaidjanais par la région arménienne de Syunik. Bakou avait donc pour objectif de s’emparer du couloir de Zangezour jusqu’au Nakhitchevan, c’est-à-dire contrôler la frontière qui sépare l’Arménie de l’Iran. L’accord signé à Washington règle précisément ce point. La région du Nakhitchevan sera maintenant connectée au reste du territoire azerbaidjanais grâce à une nouvelle route, qui sera administrée par les Etats-Unis.

La route de Meghri, ou la route internationale Trump pour la paix et la prospérité

La TRIPP d’une longueur de 43 kilomètres permettra à l’Azerbaïdjan de connecter son exclave du Nakhitchevan au reste de son territoire par la province arménienne de Syunik. Une nouvelle liaison ferroviaire permettra ainsi de connecter Bakou jusqu’à la Turquie. L’ensemble des infrastructures construites sur ce corridor seront sous juridiction arméniennes(les contrôles douaniers seront effectués par Erevan), mais l’ensemble sera développé par un consortium choisi par les Etats-Unis.

Selon les premières estimations, pus de 50 millions de tonnes de marchandises devraient passer chaque année par cette future route.  

Une normalisation des relations entre les Etats-Unis et l’Azerbaïdjan

Cet accord signe avant tout une implication plus forte des Etats-Unis dans le Sud Caucase et notamment en Azerbaïdjan. Suite à la signature de l’accord tripartite, Washington et Bakou ont élevé leurs relations au niveau d’un partenariat stratégique, ce qui permettra une plus grande coopération entre les deux pays notamment dans le secteur de l’énergie et la défense. Ce partenariat est rendu possible grâce à la suspension de la section 907 du « Freedom Support Act » de 1992 qui interdisait tout type d’assistance des Etats-Unis à l’Azerbaïdjan en réaction à la politique menée par Bakou durant la première guerre du Haut-Karabagh (1988-1994). Il s’agit d’une victoire éclatante pour le Président Ilham Aliyev qui voit son pays devenir un possible partenaire des Etats-Unis. Pour l’Azerbaïdjan, ces relations approfondies avec les Etats-Unis vont permettre de diversifier sa politique étrangère, notamment dans un contexte de tensions avec la Russie. La suspension de la section 907 légitime aussi l’annexion du Haut Karabagh par l’Azerbaïdjan ; la première guerre contre les indépendantistes du Haut-Karabagh avait été menée par le père de l’actuel Président azerbaïdjanais, qui avait lui-même rempli les fonctions de Président à l’indépendance du pays suite à un coup d’état en 1993.  

Ce partenariat stratégique entre les Etats-Unis et l’Azerbaïdjan doit permettre plus de coopération entre les deux pays dans le secteur de l’énergie, et notamment dans les énergies renouvelables. Bakou a pour ambition d’atteindre 30% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique pour 2030, afin notamment d’augmenter ses exportations d’énergie vers l’Europe ; l’Azerbaïdjan, avec la Géorgie, la Roumanie et la Hongrie coopèrent pour la construction de la plus longue ligne électrique sous-marine en mer Caspienne.   

Une ouverture pour l’Arménie

L’Arménie devrait elle aussi bénéficier d’un renforcement de ses relations avec les Etats-Unis. A la veille de l’investiture du Président Donald Trump en janvier 2025, Erevan et Washington signaient  une chartre de partenariat renforcé qui devait permettre à l’Arménie d’envisager une rénovation de ces infrastructures (notamment dans le secteur de l’énergie), mais aussi de chercher à se rapprocher des puissances occidentales et de réduire l’influence de Moscou.

Avec ce nouvel accord, l’Arménie confie le corridor de Zangezur aux Etats-Unis pour une durée de 99 ans. Washington sera en charge du développement de la région pour y développer de nouvelles liaisons de transport, mais aussi un réseau de fibre optique et d’électricité. L’Arménie devrait être pleinement intégrée dans une dynamique de développement régionale. 

Mais une Arménie dans l’expectative

La signature de cet accord ne devrait cependant pas bouleverser la politique étrangère de l’Arménie. Erevan cherche bien sûr à diversifier ses partenariats et à ses rapprocher des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Tout d’abord, l’Azerbaïdjan a émis des conditions à la reconnaissance de cet accord, et demande ainsi à l’Arménie de réviser sa constitution et qu’elle abandonne toute revendication territoriale à son encontre. Le Premier ministre Nikol Pachinian sait que ce point sera difficile à obtenir tant les Arméniens sont attachés à leur constitution.

Le leader arménien se montre aussi prudent concernant cet accord en raison de l’absence de garantie de sécurité de la part des Etats-Unis. Il n’est pas aujourd’hui question de présence militaire américaine sur le sol arménien.

Une transformation de la géopolitique du Sud-Caucase ?

Cette nouvelle route a le potentiel de révolutionner le contexte géopolitique régional. Bien que Moscou ait salué l’initiative, l’accord marque le déclin de l’influence russe dans la région. Le rapprochement entre Erevan et les capitales occidentales, et les récentes tensions entre Bakou et Moscou témoigne d’un affaiblissement des intérêts russes. Cependant, comme le note Narek Sukiasyan, la Russie pourrait tirer parti d’une éventuelle connexion entre la TRIPP et le réseau ferré arménien contrôlée par la filiale d’une entreprise russe.

Cette route bouleverse aussi les intérêts de l’Iran dans la région. Erevan faisait transiter une partie de son commerce international par sa frontière avec l’Iran. Demain, Erevan pourra aussi commercer plus facilement avec le reste du monde via ses voisins turc et azerbaidjanais. La récente visite du Président iranien Masoud Pezeshkian à Erevan le 19 août témoigne de l’intérêt de l’Iran et de l’Arménie à conserver  de bonnes relations. Durant cette visite, des accords visant à renforcer les échanges commerciaux et la construction d’un nouveau pont entre les deux pays ont été signés. Téhéran craint surtout qu’avec la TRIPP les Etats-Unis puissent être présent à ses frontières.

Cet accord témoigne aussi de la faiblesse de l’Union Européenne dans la région. Il n’est pas anodin que ce soit Washington qui assure la paix au Sud Caucase et non Bruxelles. Pourtant, cette région est de première importance pour l’Union Européenne. Depuis 2021 l’Union Européenne et l’Arménie ont mis en place un accord de partenariat et de coopération ; un accord similaire  avec Bakou était en place depuis 1999. Mais durant la crise du Haut-Karabakh, ne 2023, l’Union Européenne avait montré ses faiblesses et n’avaient pas réussi à réunir les parties autour d’un projet de paix. Ce ne sont pas les Européens qui assureront le développement et la connectivité dans le corridor de Zangezur, mais les Américains. Cependant, le retour de la stabilité et une meilleure connectivité dans le Sud Caucase devraient bénéficier aux Européens qui pourront augmenter leurs échanges. 

La TRIPP ne met pas fin à toutes les tensions entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie (notamment sur le règlement de la question du Haut-Karabakh), et il reste de nombreux obstacles à sa   construction, mais cet accord signale une  volonté d’apaisement et annonce le développement d’un possible hub entre l’Asie et l’Europe dans le Sud-Caucase. Mais pour cela, Azerbaïdjan et Arménie devront continuer à coopérer.  

Auteur: Sébastien Goulard est le fondateur et rédacteur de Global Connectivities.

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